Le Dieu des religions

Le Dieu des religions repose sur une croyance qui par définition est indémontrable. Cependant il est possible d’établir que même si ce Dieu existe, il n’intervient pas dans le monde. Au plan pratique cela signifie qu’il faut apprécier tout commandement attribué au Dieu des religions comme étant d’origine humaine, parce qu’aucun homme ne peut démontrer qu’il est le porte-parole de ce Dieu-là. Ce n’est donc pas Dieu en tant que concept qui est en question, mais ses émissaires présumés. Dans le judaïsme ce sont les prophètes de la Bible qui sont censés établir un canal de communication entre Dieu et le commun des hommes.

Ces prophètes sont des mystiques, or le mysticisme relève d’un syndrome neurologique qui suscite des visions, des éblouissements ou des rêves éveillés. Ils peuvent entendre des voix, ou éprouver des émotions intenses telles que tristesse profonde ou joie infinie. Ces états sont conditionnés par des péripéties chimiques du cerveau que l’on peut provoquer expérimentalement par l’administration de drogues ou en soumettant le corps à des contraintes telles que privation de sommeil ou jeûne.

Cela n’enlève rien à l’authenticité de l’expérience mystique, mais ce qu’il faut savoir c’est que ces intervalles hallucinatoires ne reflètent jamais que la réalité du monde, bien que remaniée par l’imagination. Par exemple, quand un mystique voit un cheval ailé cela implique qu’il sait ce que c’est qu’un cheval et ce que sont des ailes, mais qu’en état de transe son imagination peut associer les deux comme il le ferait durant un rêve. Cependant aucun homme ne serait capable de se représenter – même en rêve – de cheval ailé s’il n’avait d’abord connaissance des éléments qui le constituent dans le réel.

L’idée de Dieu relève de la propension au sacré. Cette propension a notamment pour fonction de rassembler les hommes autour de valeurs communes et de susciter un sentiment d’appartenance. Mais l’homme est aussi capable de désacraliser l’objet sacré. Il y eut de tous temps des souverains adulés qui ont fini comme les derniers des criminels, et des civilisations entières qui ont disparu corps et biens. C’est apparemment pour éviter cela que le Dieu des religions monothéistes a été placé en lieu sûr de par une abstraction qui rend son caractère sacré plus robuste qu’une représentation matérielle.

La question de l’existence du Dieu des religions a des implications politiques, sociales, morales et psychologiques. Il ne s’agit pas d’un débat théorique, mais bien de déterminer si ce Dieu intervient dans le monde réel, directement ou à travers ceux qui se présentent comme ses envoyés, or il semble qu’il n’y ait à ce jour aucune recherche qui ait pu constater une intervention divine dans quel domaine que ce soit. Qu’il s’agisse de biologie, de chimie, de physique, d’astronomie ou de toute autre discipline, tout phénomène de la Nature semble – jusqu’à preuve du contraire – toujours relever de la causalité, c’est-à-dire de l’enchaînement de causes et d’effets, sans que rien ne vienne jamais infirmer cet enchaînement.

Il ne s’agit pas de contester la légitimité du sentiment religieux, qui est une réalité chez un grand nombre d’êtres humains. Mais tout comme l’amour, ce sentiment est subjectif et ne se laisse enfermer dans aucune norme. Il s’agit donc de reconnaître qu’il relève de l’intimité de chaque personne, qu’il peut différer d’un individu à l’autre, et ne peut donc fonder de règle imposable à tous. C’est pour cela que la séparation entre le Dieu des religions et l’Etat est une obligation pour tout système démocratique, ou seuls les dénominateurs vraiment communs peuvent fonder le droit.

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