Israël et le judaïsme réformé

Le judaïsme réformé est né au 19ème siècle, et a donné naissance à des courants divers. Outre la réforme de la pratique religieuse elle-même, ce qui la caractérise la plupart du temps est le renoncement au lien organique entre religion et peuple, autrement dit au judaïsme historique. Les juifs réformés sont donc plutôt réservés par rapport au sionisme. Ils se considèrent en effet comme citoyens à part entière dans leur pays respectif, tout comme les catholiques et les protestants.  Les uns et les autres ont en commun la même allégeance, la même culture et la même identité nationale, bien que pratiquant des religions différentes. La terre d’Israël demeure bien entendu pour le judaïsme réformé le berceau du judaïsme, mais de la même manière qu’elle est le berceau du christianisme pour les chrétiens.

La « Loi du Retour [1]» garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël. Elle précise que toute personne ayant au moins un grand-parent juif ainsi que tout converti au judaïsme peut accéder sans délai à la citoyenneté pleine et entière.

Depuis un certain temps Israël reconnaissait les conversions du judaïsme réformé à travers le monde, mais paradoxalement pas celles réalisées par des rabbins réformés en terre d’Israël.  Seules les conversions validées par le Grand-Rabbinat d’Israël donnait droit à l’Alyah.

Au bout de 15 ans d’atermoiements la Cour Suprême d’Israël a fini par mettre  un terme à ce paradoxe.  Dans un arrêté récent elle invite l’Etat à accorder la citoyenneté aux Juifs convertis en Israël selon le rite réformé. Il s’agit d’une décision à caractère plutôt civil que religieux, dans ce sens que cela contribue a déterminer de manière cohérente qui est éligible à l’Alyah conformément à la Loi du Retour. Les rabbins du judaïsme réformé disposent donc désormais de cette prérogative, tout comme les rabbins orthodoxes, encore qu’il faille attendre que la Knesset légifère dans ce sens.

Il s’agit d’un progrès, mais qui ne résout pas certains problèmes d’ordre éthique. Il existe en effet des candidats à l’Alyah ayant le désir de faire partie du peuple juif et d’adopter ses traditions, mais dont la conscience objecte à la foi religieuse et à ses rituels. Les conversions par des rabbins réformés sont certes moins contraignantes que celles des rabbins orthodoxes, mais il n’en reste pas moins que les libres penseurs ne s’y résolvent qu’à contrecœur en souscrivant de manière ponctuelle à une spiritualité fondamentalement incompatible avec la leur.

Il y aurait donc lieu de mettre en place en Israël une formule explicitement destinée aux athées et aux agnostiques, permettant le passage à l’identité juive – et donc donnant droit à la Loi du Retour – mais  n’impliquant pas de conversion au sens religieux du terme. Cela passerait par une certaine connaissance de la Torah, du Talmud et d’autres grands textes de l’épopée juive depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

En plus de cela il faudrait exiger des nouveaux immigrants un serment d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël.

[1] La loi du retour votée le 5 juillet 1950 par la Knesset accorde l’immigration à tout Juif et à sa famille proche le droit de s’établir en Israël. Ceci à condition que le candidat ne soit pas hostile au peuple juif, qu’il ne risque pas de porter atteinte à la salubrité publique ni à la sécurité de l’État, et qu’il n’ait pas un passé criminel susceptible de troubler l’ordre public.

 

15 réflexions sur « Israël et le judaïsme réformé »

  1. Merci, dans votre texte vous donnez des informations que j’ignorais. J’étais contente d’apprendre qu’une porte commence à s’ouvrir même en Eretz face à une orthodoxie trop figée et conservatrice

  2. Au méme titre que les gens convertis au judaisme,a l’étranger. Sont controler par la nomenklature religieuse en Israel.De meme les gens convertis en Israel,par des autoritées,qui sortent des critéres religieux.Ne sont pas acceptés.Ici continue un grand un grand combat,entre le Monde religieux,et ses lois,et l’état d’Israel(dans un cadre démocratique).Maintenant dans l’idée de malgré tout accepter des athées et agnostiques.Ces méme groupes n’ont qu’a prendre un avocat(qui comprend bien le sujet) qui pouras les aider dans leurs situations.

  3. Quelques réponses à vos écrits :

    « Il y aurait donc lieu de mettre en place en Israël une formule explicitement destinée aux athées et aux agnostiques, permettant le passage à l’identité juive – et donc donnant droit à la Loi du Retour – mais n’impliquant pas de conversion au sens religieux du terme. »

    Quel serait donc le but, l’intérêt des ces « Juifs » de venir vivre en Israël ?

    Seuls les « juifs » des pays pauvres africains y verrais un intérêt de bien-être économique. Les Juifs quant à eux y gagneraient quoi hormis le fait de devenir minoritaires avec le temps ?

    « En plus de cela il faudrait exiger des nouveaux immigrants un serment d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël. »

    Qua vaudrait ce bout de papier ? Vous les dé-convertirez ?

    Votre papier n’a qu’un sens, celui de la destruction du seul état Juif de par le monde.

    Votre athéisme est un danger pour le peuple juif

    1. Quelques éléments de réponse :
      L’intérêt des ces « Juifs » de venir vivre en Israël serait de vouloir être Juifs. Le « bout de papier », comme vous dites, d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance, ne vaut pas moins que la conversion. Il y a beaucoup de gens qui se convertissent par convenance mais qui une fois convertis ne pratiquent pas. C’est justement pour remédier à cela qu’il faut trouver une formule pour les libres penseurs

      1. « L’intérêt des ces « Juifs » de venir vivre en Israël serait de vouloir être Juifs. » dites-vous ?

        « Juifs » comme les chrétiens qui se définissent eux-mêmes comme les enfants d’Israël ? Quel rapport auront-ils avec le Judaïsme de nos pères ?

        Croyez vous que ces « nouveaux juifs » défendront corps et âmes le refuge du peuple resté juif ou plutôt un état « démocratique » de tous ses citoyens dans lequel les Juifs n’auront de droit que de vivre comme en diaspora ou en dhimmi, le rêve de l’AP ?

        Ainsi, vous devenez un collabo de ceux rêvant de rendre ce peuple à nouveau apatride et assassinable à souhait.

        Ceux qui se convertissent actuellement sont ceux qui passent entre le mains du rabbinat et apprennent le Judaïsme et pas une copie réformée. Qu’ils pratiquent ensuite ne regardent qu’eux !

        Quant aux libres penseurs, dont vous vous flattez d’être, le Judaïsme n’est pas un menu à la carte. Il est à prendre ou à laissez. Les Juifs fiers de l’être y veilleront, leur héritage n’est pas à vendre.

  4. Après 2000 ans d’exil le Talmud conseille d’être miséricordieux avec TOUS les juifs (je rajoute: sionistes)
    Les mouvements libéraux, néo orthodoxes et massorti sont nés des fautes gravissimes de ceux qu’ont qualifie à tort d’orthodoxes. En particulier en raison de la véritable guerre qui eut lieu entre mitnaguedim et la ‘hassidout naissante.
    J’ACCUSE les religieux de tous bords de semer la haine gratuite donc une séparation entre les juifs avec répercussions sur la politique car ces groupes sont incapables de revenir à la Torah du Sinaï. Ils sont en exil.
    Le Zohar (ki tetséh) dit qu’à la fin du 4e exil (Tehom), il n’y aurait pas de Torah : le constat est évident.
    La meilleure preuve et j’en resterais là c’est qu’il n’y a plus de loi orale… Et surtout ne me dites pas que c’est le Talmud (écrit) qui le remplace. Si Moïse à reçu les clés de la Torah orale c’est Pcq l’oralité a des spécificités très importantes. Seule le Pentateuque restera écrit pour l’éternité car parole divine.
    Le Talmud (en tenant compte de son importance) n’est que parole humaine et le conserver écrit correspond pour moi à de l’idolâtrie. Etc… Bien à vous

  5. Bonjour Daniel,
    Je ne comprends pas vraiment le fond de ton article. Apparemment tout le but de cette « reconnaissance de conversion » est de permettre à celui qui le désire de devenir citoyen israélien moyennant un certain « jeu de rôle temporaire », le temps d’être reconnu comme « juif » (ça veut dire quoi d’ailleurs, Juif ?) et bénéficiant ainsi de la fameuse Loi du Retour.
    Et puis, une fois propriétaire d’un passeport israélien, ce « nouveau juif » se définira comment, puisque tu l’écris toi-même « les libres penseurs … souscrivent de manière ponctuelle à une spiritualité incompatible avec la leur ».
    Tu écris également « les juifs réformés sont plutôt réservés par rapport au sionisme », pourquoi alors seraient-ils intéressés à devenir israéliens ?
    « Ils se considèrent citoyen à part entière dans leur pays respectif comme les catholiques et les protestants … ont en commun la même allégeance … la même identité nationale (alors pourquoi vouloir devenir israélien ?) bien que pratiquant des religions différentes (est-ce une pratique religieuse qui définit le juif, dans ce cas, qu’en est-il de ceux qui ne pratiquent pas ?)
    Tu écris encore « il s’agit d’un progrès … il existe des candidats à l’Alyah (quid de leur identité nationale précédente ?) … et désireux d’adopter les « traditions » du peuple juif mais dont la conscience objecte à la foi religieuse (de quoi s’agit-il ? de se déguiser à Pourim ou de faire quelle que « singerie » que ce soit le vendredi soir à table ou même de faire un grand repas familial en rentrant de la synagogue après avoir écouté « Kol Nidrei » en communion (et faut-il devenir juif pour cela ?)
    Tu parles encore « d’une certaine connaissance de la Thora … », mais pourquoi, quel est pour l’athée et l’agnostique l’intérêt précisément de ce texte plutôt qu’un autre ?
    Et pour finir, tu dis « qu’il faudrait exiger un serment d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël », quel différence entre les juifs convertis ou non ?
    Bien des questions pour moi au sujet desquelles j’aimerais bien pouvoir un jour débattre avec toi.
    Amicalement,
    Léopold.

    1. Quelques éléments de réponse :
      Etre Juif consiste à être membre du peuple juif. Pratiquer les Mitzvot ne définit pas la judéité. Même pour les rabbins les plus orthodoxes un Goy qui pratique les Mitzvot n’est pas un Juif, alors qu’un Juif athée est un Juif à part entière.
      Un libre penseur est quelqu’un qui n’a pas de religion. Cela n’a rien à voir avec son identité.
      Le fait que les juifs réformés, et aussi beaucoup d’ultra-orthodoxes, soient réservés par rapport au sionisme est un paradoxe. C’ets bien pour cette raison que la loi du retour devrait être ouverte à ceux qui désirent faire partie du peuple juif sans adhérer à la religion.
      Une connaissance du judaïsme est nécessaire pour entrer dans le peuple juif. Cela n’a rien à voir avec la pratique de la religion. De Ben Gurion à Jabotinsky de nombreux pères fondateurs du sionisme étaient athées, avaient une connaissance approfondie du Tanach mais étaient totalement athées.
      Le serment d’allégeance à l’esprit et à la lettre de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël est nécessaire parce que cela indique que l’on souscrit à ce qu’Israël soit l’Etat du peuple juif.

      1. Ceci est en définitif une réponse a Waydenbaum LLéopold.
        Si ont a voter cette loi,c’est qu’il y as depuis de nombreuse années des demandes dans le sens de devenir Juif(peu importe de quel maniére ).Je connais pas mal de cas,du fait d’amis Israélien (trés ouvert d’esprit) qui me l’ont indiqué.Ces nouveau citoyens veulent devenir juif d’une facon rapide et façile.Il n’y as aucun calcul de statut de libre penseur.L’interet qu’ont ces nouveau juifs,c’est de devenir Israelien ,avec un calcul qui est le leurs.Tout personnes qui veut devenir Israelien,se doit dce faire un serment d’allégence a l’état democratique Israelien.

      2. « un Juif athée est un Juif à part entière » dites-vous ?

        Un juif athée est né juif mais n’est plus intéressé à le rester. S’il l’était, il transmettrait à ses descendants l’héritage de ses parents juifs.

        Le Judaïsme est arrivé aux oreilles du « juif athée » grâce aux seuls Juifs religieux l’ayant transmis à leurs descendants, les « juifs athées » d’alors étant plus occupés à être de libres penseurs et à se perdre dans leur environnement immédiat.

        Vous me faites pensez au juif non pratiquant allant à kippour à la synagogue sans qu’il se demande qui l’a entretenu toute l’année. Avec les « juifs athées » il n’y aurait plus de synagogues et encore moins de Judaïsme.

        Tout le reste n’est que du vent.

    2. Bravo Leopold pour cet inventaire de questions NON EXLUSIF.
      Afin de répondre à toutes ces questions et avant d’assouplir le régime de conversion existant, juge trop strict par certains idéologues d’un libéralisme beat, outrancier et dévergondé, il convient au préalable de :
      A- établir solidement une constitution pour l’état juif qui soit base sur l’héritage multimillénaire du peuple juif,
      B- adhérer collectivement à une vision partagée de notre devenir,
      C- établir des « juges » sur Israël qui soient capables de veiller au maintien de notre héritage et de garantir de notre futur en tant que peuple.
      Ce n’est donc pas demain la veille que nous serons en mesure de toucher au régime de conversion actuel sans jouer à l’apprenti sorcier.

    3. J’ajouterais que le les juifs réformés ne reconnaissent pas la nécéssité d’accomplir les commandements qui forment le socle du Judaïsme et dont le fondement est le même pour les Juifs se trouvant dans la Dispertion depuis le Maroc jusqu’à la Pologne , depuis le Kurdistan jusqu’à la Russie et depuis l’Irak jusqu’à l’Allemagne et les USA , communautés qui se retrouvent réunies dans tous les quartiers et agglomérations orthodoxes en Israël ! ce qui fait que le  » judaïsme libéral  » se trouve dans le même univers mental que le christianisme , mais sans le Christ !

  6. Merci Daniel d’avoir écrit cet article
    Il ouvre le débat important que doit être Israël pour les juifs du monde entier
    Pour ceux qui veulent devenir juifs
    Et venir en e.n Israël pour ceux qui veulent venir en Israël sans être juif
    pour leurs raisons personnels et veulent devenir citoyens Israéliens
    Et encore beaucoup de cas
    Quel pays voulons nous ?
    Ou se trouve la démocratie par rapport au
    Rabbinat par rapport aux Arabes ?
    Le débat continue
    Michel

    1. « venir en Israël pour ceux qui veulent venir en Israël sans être juif » écrivez-vous !

      C’est le cas de 7 millions de « réfugiés palestiniens » rêvant de venir s’y installer. Ils n’attendent que cette conversion débile pour trouver la faille qui éradiquera le refuge du peuple juif.

      Réfléchissez avant décrire.

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