DSK ou la coupable innocence

Tristane Banon est une romancière et journaliste française. En 2011 elle porte plainte contre Dominique Strauss-Kahn[1], l’un des amants de sa mère, pour tentative de viol dont elle affirme avoir été l’objet en 2003.  Le parquet de Paris ouvre une enquête, mais Strauss-Kahn nie les faits et porte plainte en diffamation contre Banon. Il est entendu par des enquêteurs, et admet avoir tenté sans succès d’embrasser Banon au cours de l’interview qu’elle était venue lui faire dans son appartement. Quelque temps plus tard le parquet classe la plainte sans suite, estimant ne pas avoir suffisamment d’éléments pour engager des poursuites.

Banon a récemment été invitée à participer à l’émission « c’est à vous » sur France 5 afin d’évoquer cet épisode de sa vie. Elle revient dessus avec sa version, ce qui est légitime.  Mais le parti-pris dont elle bénéficie de la part des journalistes et chroniqueurs, et l’unanimité de ceux-ci contre Strauss-Kahn est digne de la presse de Corée du Nord. Pour mémoire, Dominique Strauss-Kahn a été trainé en justice  à plusieurs reprises dans le cadre d’affaires de mœurs, mais a été relaxé à chaque fois.  N’ayant jamais été condamné il dispose donc d’un casier judiciaire vierge.

Au cours de l’émission, l’animatrice et ses collègues qualifient sans nuance Banon de « victime » sans tenir compte, à aucun moment, du fait que dans cette affaire il s’agit de la parole de l’un contre l’autre. D’une part Banon n’est donc pas une « victime »,  mais une plaignante, et Strauss-Kahn n’est pas un coupable, mais un plaignant, eu égard à sa plainte pour diffamation.

Non seulement les justiciers de cette émission-tribunal se moquent de la présomption d’innocence, mais justifie en plus le lynchage médiatique subi par Strauss-Kahn.

A quand l’invitation de Strauss-Kahn sur ce même plateau par les mêmes journalistes ?

[1] Dominique Strauss-Kahn, dit « DSK » est un économiste et homme politique, et fut directeur général du FMI jusqu’en 2007.  Candidat potentiel à la présidence de la république il se retira de la vie publique après sa mise en cause dans le cadre d’une accusation d’agression sexuelle à New York, bien qu’ayant bénéficié en fin de compte d’un non-lieu.

Marxisme, postmodernisme, même combat

Le marxisme repose sur l’idée que le malheur du monde vient de l’exploitation de l’homme par l’homme, autrement dit de la domination des uns sur les autres. Marx écrit dans un de ses ouvrages[1]  que  «  Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus d’ensemble de la vie sociale, politique et spirituelle ». Cette proposition a été conceptualisée plus tard sous forme de dogme marxiste qui pose que « l’infrastructure économique conditionne la superstructure idéologique ».    Cela signifie que le pouvoir des dominants n’existe que par la grâce des dominés, et que la division de la société en classes n’est donc pas une fatalité. La Boétie[2] était déjà d’avis que « le maître n’a que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. [3]» Vu sous cet angle ce n’est pas le maître qui fait l’esclave, mais c’est au  contraire l’esclave qui permet au maître de le dominer. Mais l’esclave peut briser ses chaînes à conditions de prendre conscience de sa classe, et de la force de sa classe. L’objectif est donc de bâtir une civilisation planétaire  où tous les hommes sont égaux en leur qualité de citoyens du monde et de mettre fin à la domination universelle des uns sur les autres.

Le marxisme pose que le capitaliste ne travaille pas, mais qu’il laisse le capital « travailler » à sa   place. Cet euphémisme  signifie en réalité que ce n’est pas le capital qui travaille, mais les travailleurs. Quand quelqu’un possède un capital,  sous quelque forme que ce soit, il en tire un revenu. Se pose alors la question de savoir ce que fait cette personne pour mériter ce revenu. La réponse marxiste est : rien. Le capitalisme est donc un parasitisme du dominant sur le dominé.

Les travailleurs travaillent et les riches s’enrichissent. Les pauvres quant à eux deviennent encore plus pauvres, parce que la production se fait  sans tenir compte de leurs besoins réels. Le caractère non planifié et erratique de l’économie capitaliste entraîne à la fois une surproduction et une pénurie. Surproduction parce que la production suit la loi du marché, et pénurie parce que les produits qui ne sont pas rentables en termes économiques sont négligés. Les petites entreprises disparaissent au bénéfice des grandes, et au bout d’un certain temps la totalité du pouvoir tombe dans les mains d’une infime minorité.  Cela entraine une paupérisation des masses laborieuses, qui tôt ou tard finissent par se soulever. C’est ainsi qu’en engendrant son contraire, le capitalisme s’autodétruit inéluctablement. Mais cet épilogue peut être accéléré au moyen d’une prise de conscience du prolétariat.   De là l’explicit  du « Manifeste du Parti Communiste[4] » : Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! , qui est aussi l’épitaphe qui figure sur la tombe de Karl Marx.

Mais la réalité historique du 20ème siècle démontre l’inverse de ce qu’avait théorisé Marx. Non seulement aucune de ses prédictions ne s’est réalisée, mais ce qui s’est produit en est le contraire absolu. Il est vrai que les riches sont devenus plus riches, mais les pauvres ont suivi, et sont devenus moins pauvres. Les classes moyennes n’ont pas disparu, mais ont au contraire prospéré. Le sous-prolétariat s’est transformé en citoyens ayant accès à la société de consommation et à des biens auxquels les masses populaires du monde communiste n’ont jamais pu faire autre chose qu’en  rêver. C’est donc paradoxalement le capitalisme, sytème réputé inégalitaire, qui a finit par réduire les inégalités dans notre civilisation occidentale.

Le capitalisme  a enrichi  la société toute entière et à contribué à son bien-être, notamment grâce aux progrès de la science. L’augmentation de la productivité a profité à la fois aux capitalistes et aux travailleurs en créant les moyens de satisfaire les revendications sociales. Le libéralisme a été cruel pour les entreprises obsolètes, mais a encouragé celles qui faisaient preuve de créativité, ce qui en définitive a correspondu au bien commun. On ne discerne plus de velléité révolutionnaire ailleurs que dans les salons bien-pensants de l’intelligentsia bourgeoise. La classe ouvrière du monde occidental n’est pas intéressée par un changement de régime socioéconomique, ni disposée à livrer ses capacités de production à l’État. Elle aspire au contraire à subvenir à ses besoins dans le cadre même du capitalisme.

Dès les années 1950 les marxistes ont commencé à douter de l’infaillibilité du communisme, parce qu’il était devenu manifeste que celui-ci s’était rendu coupable de crimes d’une ampleur sans précédent. L’implacabilité de ces faits a déclenché une remise en question profonde chez les théoriciens du marxisme, qui se sont vus obligés de se renouveler face à l’échec patent du monde communiste. Il n’était plus possible de soutenir que ces régimes étaient performants au plan économique, mais ce qui était plus grave encore était qu’il n’était plus possible non plus de soutenir que le communisme était éthique. L’intelligentsia marxiste  avait bien commencé par admettre que l’URSS et ses satellites avaient échoué en matière économique, mais pas au plan moral. Mais ce mythe s’est effondré à son tour lors de la révélation des crimes staliniens, et d’une manière générale face à la nature fasciste avérée du monde communiste tout entier.  Des peuples entiers ont été torturés, opprimés ou détruits au nom d’un système politique qui s’était pourtant assigné la mission d’être le plus humain, le plus juste et le plus social de tous les temps.

Mais l’intelligentsia marxiste n’a  pas voulu se résigner à abandonner son idéologie malgré la débâcle communiste, considérée par elle comme une application dévoyée du projet marxiste. C’est alors qu’est advenue une mutation sous la forme du postmodernisme[5], qui est en fait un avatar du marxisme en tant que doctrine de l’égalité à tout crin et par tous les moyens, y compris violents.

Le postmodernisme repose sur le même dogme que le marxisme, à savoir que l’histoire des hommes n’est rien d’autre qu’une histoire de domination. Mais contrairement au rouleau compresseur marxiste, la postmodernité n’exige plus de Pensée Unique ni de Parti Unique, mais laisse au contraire libre cours à toutes les visions du monde sans y opposer le moindre jugement critique. En pratique cela consiste surtout à tenir un discours victimaire eu égard à l’Histoire de la colonisation et à supprimer la liberté d’expression. Comme le Lumpenprolétariat du 19ème siècle a disparu en Occident, les marxistes se sont tournés vers les immigrants venus du monde arabo-musulman et ont créé à leur intention un avatar connu aujourd’hui sous le nom d’islamogauchisme, concept hybride pour les besoins de la cause.

L’islamogauchisme[6] est donc l’une des déclinaisons du postmodernisme. Pour Raphaël Enthoven[7] « le bras armé du dogmatisme c’est le relativisme. Il n’y pas de meilleure façon pour faire passer une opinion pour une (la) vérité (ce qu’on appelle le dogmatisme) que celui qui consiste à dire que toutes les opinions se valent et qu’elles ont un égal droit de cité. A l’origine de ce syncrétisme hideux qu’est l’islamogauchisme, il y a l’idée que – paradoxalement – plus on est relativiste, plus on laisse passer l’opinion la moins relativiste qui soit et la plus dogmatique qui soit.[8] » 

Caroline Fourest [9] estime que l’islamogauchisme « est la maladie infantile qui au nom du progressisme tend à prendre les islamistes, y compris les plus réactionnaires, y compris les plus totalitaires, pour les nouveaux damnés de la terre. Lorsque des groupes qui se revendiquent de la religion à des fins clairement patriarcales, sexistes, homophobes,  antisémites et totalitaires testent la république et ne rencontrent plus aucune résistance d’une  certaine gauche laïque, il y a une partie de la gauche qui manque dans ce barrage. Ce qui est inquiétant, c’est la question de savoir pourquoi une partie du barrage s’est effondré[10]. »

Dans une de ses interventions télévisées[11] récentes le politologue Eric Zemmour explique que « chacun est désormais enfermé dans sa race, dans son ethnie, dans son origine et dispose à lui seul du droit de parler de lui-même ou des siens. De là la théorie de la déconstruction qui pose que toute structure traditionnelle telle que la patrie, la religion, la nation et l’Histoire doit être déconstruite pour examiner sur quoi elle repose. Tout n’étant qu’objet de construction tout doit être déconstruit, et ensuite détruit. De là par exemple la théorie du genre, en vertu de laquelle un homme n’est pas un homme et une femme n’est pas une femme. Cette différenciation n’a du point de vue postmoderne rien de biologique, mais est une construction culturelle qui n’a pour fonction que de légitimer la domination du patriarcat ».  De là les dérives néoféministes, décoloniales et racialistes qui prospèrent ces  temps-ci.

La stratégie postmoderne consiste à recourir au scepticisme philosophique comme mode de pensée, avec pour objectif de remettre en question l’humanisme du Siècle des Lumières. Jordan Peterson[12] relève à ce propos que « beaucoup de gens ne comprennent pas que le postmodernisme est un assaut contre tout ce qui a été acquis depuis les Lumières : le rationalisme, l’empirisme, la science, la clarté d’esprit, le dialogue, la notion d’individu. La postmodernité est bien plus qu’une remise en question ;  ce n’est pas de cela qu’il s’agit.  Il s’agit de tout détruire ; c’est cela, l’objectif. »

Pascal Bruckner[13] écrit dans son essai « Un coupable presque parfait » que « ce sont les États-Unis qui nous renvoient une autre peste : la tribalisation du monde, l’obsession raciale, le cauchemar identitaire. Mais c’est une peste à laquelle nous, Français, avons largement contribué dans les années 1970 en exportant outre-Atlantique nos philosophes les plus en pointe [Foucault, Derrida] dans la démolition de l’humanisme et des Lumières. Nous avons fourni le virus, ils nous renvoient la maladie. Le boomerang est anglo-saxon, la main qui l’a lancé est française. L’Amérique a toujours allié le plus grand pouvoir de séduction au plus grand pouvoir de répulsion. Si elle préfigure l’avenir du monde occidental, le nôtre est sombre. Et le sien plus encore. Contrairement aux espérances de 1989, ce ne sont pas la raison et encore moins la modération qui l’a emporté après la chute du Mur [de Berlin]. Une autre idéologie a remplacé les promesses de salut portées par le socialisme réel pour recommencer la bataille sur de nouvelles bases : la race, le genre, l’identité. Pour trois discours, néoféministe, antiraciste, décolonial, le coupable désormais est l’homme blanc, réduit à sa couleur de peau.[14] »

Tous les penseurs postmodernes sans exception on été communistes ou du moins marxistes. Certains  ont soutenu des régimes criminels comme la Chine de Mao ou le Cambodge de Pol  Pot. Michel Foucault[15] fut emballé par la  « Révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny, dont il estimait que c’était « l’insurrection d’hommes aux mains nues qui veulent soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous [16]».

Il est vrai que Friedrich Nietzsche[17] est  considéré comme l’une des sources de la pensée postmoderne, mais son œuvre est une philosophie de l’existence et non pas une philosophie politique. La récupération faite par le postmodernisme relève donc d’une escroquerie intellectuelle.   Nietzsche est l’un des premiers penseurs à avoir mis en garde contre la modernité, la science, la raison, les idéologies et la religion, mais pas dans le but de changer le monde.   Il est avant tout un psychologue qui enseigne que l’homme doit déployer son être dans ce qu’il a de plus profond, et qu’il n’a pas à se soumettre à des valeurs décrétées par autrui. Chaque individu doit créer ses propres valeurs, et c’est ainsi qu’il peut devenir Surhomme[18]. Au lieu d’aspirer à changer le monde, l’homme doit réfléchir sur ce que le monde a fait de lui, et aspirer à devenir non seulement soi-même, mais quelque chose de plus que soi-même.

« Améliorer l’humanité serait la dernière des choses que j’irais jamais promettre. Je n’érige pas de nouvelles « idoles ». Les renverser (et j’appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonges… L’idéal n’a cessé de mentir en jetant l’anathème sur la réalité, et l’humanité elle-même, pénétrée de ce mensonge jusqu’aux moelles, s’en est trouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu’à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l’avenir, le droit suprême au lendemain[19]. »

Le philosophe Michel Onfray[20] précise que « Ainsi parla Zarathoustra[21] »  de Nietzsche est un « poème apolitique et amoral, toute lecture politique ou morale de cet ouvrage est fautive. Il y a là une proposition de sagesse existentielle qui n’est ni éthique ni morale mais ontologique.  La vérité de l’être pour Nietzsche c’est la volonté de puissance. La grande leçon de Zarathoustra c’est que le réel n’est rien d’autre que la volonté de puissance. Il faut donc réfléchir aux conséquences de cette vérité nietzschéenne.[22] »

Le postmodernisme est une remise en question des Lumières et introduit le subjectivisme épistémologique dans l’histoire de la pensée. Tous les métarécits sont suspects pour les penseurs postmodernes. Même quand ces métarécits semblent inoffensifs ils légitiment le pouvoir, et conduisent à la domination des uns sur les autres. La pensée postmoderne postule l’égalité absolue de tous et exclut toute hiérarchie. Elle prend acte de l’indépassable altérité des individus et interdit tout jugement de valeur. Seul compte le ressenti de chacun, chaque personne étant le produit d’une généalogie à nulle autre pareille. Mais comme la pensée postmoderne mène de la déconstruction à la destruction, elle mène aussi du ressenti au ressentiment. C’est donc la fin de toute norme, de toute hiérarchie, de toute civilisation, de toute culture et de la notion  même d’Etat souverain.

Alors que la modernité décrétait le règne de la raison, celle-ci n’est dans la pensée postmoderne qu’une illusion qui finit par justifier l’injustifiable. Des monstres comme Hitler, Staline ou Pol Pot ne sont donc pas des ennemis de la modernité du point de vue postmoderne, mais en sont au contraire l’aboutissement logique et tragique.

La diversité  des êtres humains crée une tension, or la démarche postmoderne consiste à la résoudre en écartant toute échelle de valeur. Etant donné qu’il est impossible de démontrer qu’une vision du monde est supérieure à une autre, à chacun de revendiquer la sienne. Le postmodernisme s’interdit de contester tout particularisme culturel ou individuel. Chaque être humain à non seulement droit à l’étrangeté, mais est invité à la revendiquer haut et fort.

Le postmodernisme postule que tout ce qu’il y a de détestable dans la condition humaines relève de la domination. Toute organisation sociale ayant tendance à produire des hiérarchies, c’est la porte ouverte aux abus. Les postmodernes prônent l’égalité, mais déclarent en même temps que les hommes sont prisonniers de leurs prédicats ethnocentriques. Mais si l’on pose que toute vérité est relative, et qu’en même temps que cette assertion est vraie, alors il y a là une impasse logique : si toutes les cultures se valent on ne comprend pas en quoi la civilisation occidentale serait moins respectable que les autres, or c’est néanmoins l’un des principaux postulats postmodernes, qui décrète que cette civilisation est fondée sur le patriarcat, donc sur l’inégalité, donc sur la domination.

Pour la pensée postmoderne l’homme occidental doit respecter les autres cultures, même quand ce n’est pas réciproque. Il s’ensuit que le monde occidental doit tolérer l’intolérance, et l’on assiste à ce paradoxe qui fait que les postmodernes exigent l’égalité entre femmes et hommes, mais revendiquent en même temps le droit oxymorique des femmes d’être soumises. Il s’agit d’une acrobatie intellectuelle consistant par exemple à présenter le voile islamique comme une expression de la liberté de la femme et non de son assujettissement.

Le postmodernisme refuse d’appréhender l’individu comme étant doué d’autonomie mentale. Tout homme est déterminé par sa communauté, sa culture et son histoire, ce qui permet à  Michel Foucault[23] de décréter la « mort de l’homme », en écho et à celle de Dieu par Nietzsche[24].  Pour Foucault « l’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine [25]». Il n’existe donc en réalité pas d’anthropologie  universelle dans la pensée postmoderne. C’est ainsi que pour Foucault la folie, la maladie ou la sexualité ne sont que des constructions sociales, n’existent que dans l’imaginaire, l’individu n’étant que le produit d’un monde structuré et structurant. Mais si l’homme n’est jamais que le produit de sa généalogie, on ne voit pas en quoi celui-là même qui le postule échapperait à sa propre règle, ce qui fait que la pensée postmoderne est en réalité un délire tautologique.

[1] « Contribution à la critique de l’économie politique »

[2] Ecrivain humaniste et poète français du 16ème siècle

[3] Discours de la servitude volontaire.

[4] Publié en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels.

[5] Ce terme est employé ici dans l’acception anglo-saxonne, qui désigne la philosophie postmoderne et non l’art postmoderne

[6] Néologisme de  l’historien Pierre-André Taguieff dans son ouvrage « La Nouvelle Judéophobie ».

[7] Philosophe et essayiste français.

[8] Film documentaire d’Yves Azeroual sur l’islamo-gauchisme.

[9] Journaliste, essayiste, réalisatrice et militante féministe française.

[10] Film documentaire d’Yves Azeroual sur l’islamo-gauchisme

[11] Cnews, émission “Face à l’Info” du 08/02/2021.

[12] Psychologue clinicien et intellectuel canadien, professeur de psychologie à l’Université de Toronto.

[13] Romancier et essayiste français.

[14] (« Un coupable presque parfait », Pascal Bruckner, 2021, Editions Grasset

[15] Philosophe français mort en 1984. Référence majeure de la pensée postmoderne.

[16] « Dits et écrits, tome 2,  Gallimard, 2001.

[17] Philologue, philosophe, poète  allemand mort en 1900.

[18] Concept nietzschéen consistant pour l’homme à se dépasser pour échapper au nihilisme.

[19] Nietzsche, « Crépuscule des idoles »

[20] Philosophe, écrivain et essayiste français.

[21] Poème philosophique de Nietzsche.

[22] Michel Onfray à propos du roman « Zarathoustra » de  Nietzsche:

[23] Philosophe français décédé en 1984, associé à la philosophie postmoderne.

[24] Nietzsche proclame la morte de Dieu dans plusieurs de ses ouvrages, dont « Le Gai Savoir »

[25]  « Les Mots et les choses », Editions Gallimard, 1990

Obama et la question juive

Il existe ce que j’appelle un « antisémitisme de basse intensité ». Il s’agit d’une sorte d’antipathie silencieuse, qui ne vise pas forcement à nuire aux Juifs, mais qui sous-tend l’exigence que ceux-ci ne soient ni trop visibles ni trop dérangeants. Cet antisémitisme-là est même capable de se muer en sympathie lorsque des Juifs sont dans le rôle de la victime.

Il y a aux Etats-Unis des congrégations afro-américaines  dirigées par des antisémites notoires comme les pasteurs Louis Farrakhan et Jeremiah Wright. Ce dernier  fut pendant vingt ans le mentor et guide spirituel du Président Barak Obama . Obama le cite 26 fois dans son autobiographie, et raconte qu’il lui a demandé de le marier et de baptiser ses enfants. Il a fini par le renier en 2008 à l’occasion de sa candidature à la présidence, sans doute parce que cela faisait mauvais effet auprès de l’électorat juif et évangéliste. Il n’empêche qu’aussi  longtemps qu’Obama était sénateur il a religieusement écouté les harangues antisémites de son pasteur sans jamais s’en formaliser. Quand on y ajoute l’hostilité manifeste d’Obama à Israël pendant sa présidence, il est difficile de ne pas établir de lien de cause à effet.

Obama relate dans son autobiographie l’épisode où  il rend visite aux vestiges du  camp de concentration de Buchenwald[1]. Il se souvient que cela avait eu pour lui « une signification politique forte [2]».  Il entend par là qu’il avait « envisagé » un voyage en Israël, mais qu’il y avait renoncé « par respect pour le souhait du gouvernement israélien de ne pas faire de la question palestinienne le point central de son discours ». En d’autres mots il prétend avoir été censuré par la seule démocratie de cette partie du monde.

Pour comprendre l’étendue de ce mensonge il faut se souvenir qu’Obama a réussi la prouesse de ne pas mettre les pieds en Israël au cours des quatre années de son premier mandat. Au lieu de cela il a « opté pour une visite de l’un des lieux emblématiques de l’Holocauste comme moyen de proclamer son engagement à Israël et au peuple juif. ». En clair il a préféré un pèlerinage là où les Juifs sont morts plutôt que là où les Juifs sont vivants.

Quand, lors de son deuxième mandat, Obama s’est résolu à venir en Israël, il a choisi de prononcer son discours à Jérusalem devant un public acquis d’avance dans une banale salle de conférence.  Ceci en lieu et place de la Knesset[3], comme c’est l’usage chez les leaders du monde libre soucieux d’honorer la démocratie israélienne.

Obama qualifie dans son autobiographie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne ». Résistance ? Dans son propre pays le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes.

Autre passage d’une mauvaise foi inouïe et qui frise le négationnisme: « À l’école primaire, j’ai assisté en 1972 aux retransmissions des Jeux olympiques de Munich où des athlètes ont été massacrés par des hommes masqués » C’était qui, ces athlètes ? Des Martiens ? Et les « hommes masqués » ? D’autres extra-terrestres ? Non : ces  athlètes étaient des Juifs assassinés parce que Juifs, et les « hommes masqués » étaient des tueurs d’une mouvance palestinienne mais Obama le passe totalement sous silence.

Obama n’est donc pas allé en Israël lors de son premier mandat, mais bien en Turquie et en Egypte.  Israël est pourtant situé entre ces deux pays, mais peut-être qu’Obama n’avait-il pas accumulé assez de « Miles » pour s’offrir  une escale à l’aéroport Ben Gourion.  Toujours est-il que lors de sa visite au Caire il a adressé son discours aux dignitaires du régime, parmi lesquels « quelques figures des Frères musulmans ».  Il leur a déclaré que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.  L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ». On ne saura jamais si c’était de l’humour.

Mais  là où Obama n’a pas essayé d’être drôle du tout mais a au contraire réussi à être nauséabond, c’est quand, au cours de ce même discours, il a établi un parallèle entre le calvaire des Juifs de la Shoah et la peine des Palestiniens « en quête d’un territoire ».

Tout cela étant dit il faut bien reconnaître que quand Obama a fini par faire une visite d’Etat à Jérusalem, il a quand même déclaré qu’il était un ami d’Israël. A cela il faut ajouter qu’il est détenteur du prix Nobel de la Paix sur base d’une discrimination positive consistant à distinguer des personnalités qui n’ont strictement rien fait pour la paix.

C’est dans ces cas-là que l’on dit que quand on a des amis comme cela on n’a pas besoin d’ennemis.

[1] Camp de concentration nazi créé en 1937 en Allemagne libéré par les Américains en 1945.

[2] Tous les passages en italiques de l’article sont extraits de l’autobiographie d’Obama.

[3] Parlement israélien.

 

De Gaulle et les Juifs

Dès son arrivé au pouvoir en 1958 de Gaulle prit ses distances par rapport à Israël afin de resserrer les liens de la France avec le monde arabe. C’est donc tout naturellement qu’en 1967 qu’il prit le parti du monde arabe après la défaite de celui-ci contre Israël lors de la Guerre des Six-Jours[1]. Il libéra du même coup la parole antisémite en qualifiant les Juifs de « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur[2] » lors d’une mémorable conférence de presse. Plus tard il prévint même les Juifs qu’il ne tolèrerait pas de double allégeance de leur part: « notre sympathie pour les Juifs est indiscutable, mais faudrait-il encore que certains ne se sentent pas plus israéliens que français. Leur prise de position en faveur de l’État d’Israël est inadmissible. [3]»

Il ne fait pas de doute que dans l’esprit  de de Gaulle il en allait de l’intérêt de la France, mais il ne fait pas de doute non plus qu’exposer les Juifs à la menace de génocide en échange de pétrole arabe était tout aussi inadmissible.

Retour en arrière pour saisir le rapport aux Juifs de de Gaulle:

En 1945 la Haute Cour de Justice  condamne Pétain à mort, mais souhaite que la sentence ne soit pas exécutée « étant donné son grand âge ». De Gaulle, alors au pouvoir,  est un admirateur de Pétain, qu’il qualifie dans ses mémoires « d’homme d’exception ». Il a avec lui des affinités intellectuelles, culturelles, religieuses et politiques évidentes, malgré la  guerre qui les a opposés. De Gaulle s’empresse de suivre le tribunal et commue la sentence de mort en réclusion à perpétuité.

Mais de Gaulle  ne s’en tient pas là.  En 1951 il déclare qu’ «il est lamentable pour la France, au nom du passé et de la réconciliation nationale indispensable, qu’on laisse mourir en prison le dernier Maréchal »[4].  Suite à son intervention Pétain sort de prison et est installé dans une villa mise à sa disposition. Après sa mort Pétain continue d’être l’objet d’hommages de la part de la Présidence de la République.

Il y a quelque chose de proprement incompréhensible et de moralement insoutenable quand on pense que bien que Pétain ait été condamné  pour haute trahison, il ne l’ait pas été pour crimes contre l’humanité, en dépit de l’ignominie du « Statut des Juifs », et aussi pour avoir fait emprisonner, torturer et expédier aux camps d’extermination des dizaines de milliers de Juifs. S’il avait été jugé au même titre que les monstres nazis au Procès de Nuremberg[5] il n’y aurait eu pour Pétain ni grâce ni prescription possible, et il aurait été pendu malgré « son grand âge ».

Pour comprendre la duplicité de de Gaulle dans cette affaire il est intéressant de comparer le sort qu’il a réservé à Pétain avec celui qu’il a fait subir à Robert Brasillach, jugé pour intelligence avec l’ennemi.

Brasillach était un écrivain, un journaliste et un intellectuel de talent, mais aussi un collaborationniste et un implacable antisémite. Son procès fut expédié en un jour, et au bout d’une délibération de vingt minutes le tribunal prononça sa condamnation à mort. Une série d’intellectuels et de résistants demandèrent sa grâce, mais De Gaulle la refusa, et Brasillach fut fusillé. Il avait 36 ans.

[1] Guerre entre d’une part Israël et d’autre part l’Égypte, la Jordanie et la Syrie appuyés par le monde arabe toute entier et l’URSS.

[2] Conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967

[3] Entretien avec le rabbin Jacob Kaplan  en 1968.

[4] Discours prononcé le 26 mai 1951 à Oran.

[5] Procès contre 24 des principaux responsables du Troisième Reich, accusés de complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Israël, l’Etat et la religion

Israël n’a pas de religion d’Etat. Cette précision est importante, parce que n’est pas clair pour tout le monde. Cependant le fait est que la séparation entre Etat et religion n’est pas consommée en Israël. Il y a des raisons historiques à cela, mais cela ne signifie pas qu’il faille s’y résigner.  

Une séparation radicale de l’Etat et de la religion serait de nature à promouvoir le sentiment d’égalité entre citoyens.  Cela aurait des répercussions en profondeur sur des questions comme le service militaire, l’enseignement, le marché du travail et les minorités non-juives. Il s’agit d’une question à la fois philosophique et politique.

Philosophique, parce qu’il ne faut pas que l’Etat privilégie une spiritualité plutôt qu’une autre, étant donné qu’il n’y a aucun moyen de trancher en la matière.

Politique, parce que l’Etat est un mal nécessaire qui ne doit avoir d’autre fonction que celle de régler les rapports entre citoyens, et non pas de décréter des valeurs.

L’Etat d’Israël est un Etat laïque et doit continuer de l’être. C’était d’ailleurs l’intention de la plupart des pères fondateurs, parce qu’ils y ont vu la formule adéquate pour rallier tous les courants juifs en vue d’un même projet. Herzl, Ahad Ha’am, Ben  Gourion, Bialik et Jabotinsky avaient ceci en commun qu’ils voyaient dans le projet sioniste  un foyer pour le peuple juif, et non pas une théocratie. Le Rav Kook lui-même, guide spirituel du judaïsme orthodoxe et décisionnaire de la Halakha reconnaissait le rôle de premier plan des sionistes laïques dans l’édification de l’Etat juif.

L’idée consiste à mettre fin à tout lien organique entre Etat et religion. Les institutions religieuses devraient être financées  par leurs fidèles ou sympathisants, et transformées en institutions culturelles à caractère privé. Cela ne signifie pas qu’il faudrait négliger la diffusion du judaïsme. Bien au contraire : au lieu que ce soient les institutions religieuses les seules à prodiguer l’enseignement de nos grands textes, il faudrait favoriser de manière massive la transmission du judaïsme dans l’éducation nationale et dans la vie culturelle.

Autre point : la Loi du Retour a pour vocation d’accorder la nationalité israélienne à tout Juif qui en exprime le désir. Cette loi a un caractère civil et non pas religieux, même s’il est vrai que les candidats doivent produire une attestation de judéité émis par un rabbin accrédité. Cependant le fait est que l’esprit de la Loi du Retour est que tout Juif est éligible pour l’Alyah, non pas parce qu’il pratique la religion juive, mais parce qu’il est d’ascendance juive par au moins un de ses quatre grands-parents.

Quand une personne faisant appel à la Loi du Retour ne dispose pas d’une attestation de judéité en bonne et due forme il se voit refuser l’Alyah. Il ne lui reste dans ces conditions qu’à entamer un processus de conversion au judaïsme orthodoxe et s’engager à changer de mode de vie. Il y a là un paradoxe qu’il faut résoudre, parce que l’Etat d’Israël n’a pas vocation à demander à qui que ce soit de faire acte d’allégeance à quelle religion que ce soit.

Au lieu d’exiger de quelqu’un de se convertir à une religion à laquelle il ne croit pas il faudrait lui donner la possibilité de se fondre au peuple juif d’une manière laïque. Une formation pourrait être envisagée, de manière à ce qu’au bout du processus il pourrait bénéficier de la Loi du Retour et faire son Alyah en connaissance de cause.

Woody Allen et la femme.

Saisir la pensée de Nietzsche n’est pas facile, mais Woody Allen nous y initie sans même en avoir conscience. Cette pensée s’exprime entre raison et passion, harmonie et rage, ordre et transgression, sensé et insensé, réel et imaginaire, angoisse et humour, technique et art, le tout par delà le bien et le mal.

Ces films traitent souvent du gouffre entre désir masculin et féminin. Ce thème est en filigrane de chaque scénario, même quand ce n’est pas le cœur de l’intrigue. La sexualité masculine y est décrite comme ne pouvant être comprise par les femmes. Tout juste peuvent-elles intérioriser que l’homme est différent, mais sans jamais comprendre en quoi cela consiste.

« Le sexe apaise les tensions, l’amour les provoque », dit Woody Allen. L’immédiateté de la pulsion sexuelle masculine oblige l’homme à se tempérer au moyen de la dissimulation, voire à celui d’une sorte d’hypocrisie. La raison en est que cette pulsion ne se confond pas avec l’amour, de la même manière que la vue ne se confond pas avec l’ouïe. Cette réalité est très obscure pour la femme.

Il y a parfois des personnages féminins qui donnent l’impression qu’en matière sexuelle elles se comportent « comme des hommes », mais il y a toujours un moment ou il s’avère que ce n’était qu’un leurre (pas forcement conscient, une « ruse de la nature » comme dit Schopenhauer). Ces femmes s’offusquent alors de ce que l’homme ait pu les prendre au mot quand sonne l’heure du passage à l’acte.

Un schéma récurrent dans les films de Woody Allen consiste à mettre en scène un homme et une femme, parfois dans l’intimité de la chambre à coucher, où ils se demandent l’un l’autre ce qui est arrivé à leur couple, a priori assorti et qui a de beaux souvenirs communs. Le déclenchement de cette remise en question est généralement le constat qu’ils ne font plus l’amour. La femme dit invariablement que c’est passager, que cela reviendra, et demande à son partenaire de patienter, mais lui s’impatiente.

Le désir d’enfant  qu’éprouve la femme surgit dans plusieurs films sans que l’on sache au juste s’il s’agit d’une aspiration à la maternité, d’un piège pour verrouiller la relation, ou au contraire pour la femme de se passer d’un géniteur superflu une fois l’enfant advenu. La réaction masculine est dans ce cas à l’opposé : sa pulsion sexuelle se confond avec sa raison d’être, mais comme il peine à l’admettre il diffère le projet sans en dévoiler la raison.

Extrait d’un monologue de ses films (Je reprends de mémoire sans garantir la littéralité, mais le sens y est) : « Je pense au sexe en permanence. Cela ne me lâche jamais, à aucun moment du jour ou de la nuit.  Tout le monde est-il comme cela ? Même le Président  des Etats-Unis ? [il s’interrompt en prise  à une hésitation, puis poursuit :] « bon, ce n’est peut-être pas un bon exemple [on est en plein scandale Clinton – Lewinsky], mais les autres ? Hein, les autres ?

Woody Allen confie dans son autobiographie que son plus grand regret est de n’avoir jamais réalisé un seul grand  film malgré les moyens mis à sa disposition. Mais même s’il est difficile de déterminer lequel pourrait être considéré comme un chef-d’œuvre, sa filmographie est un tout dont chaque partie parle à sa manière de la condition humaine ; c’est en cela que la totalité de son œuvre est au fond un grand  film dans tous les sens du terme. 

Le Coronavirus et le principe de précaution

Le professeur Michael Levitt, biophysicien et prix Nobel,  déclare dans une interview au « Jerusalem Post » qu’à son avis il n’y aura pas plus de dix personnes qui succomberont au coronavirus en Israël. IL juge donc disproportionnées les craintes en la matière, d’autant que d’après lui la pandémie touche à sa fin.

Le professeur Didier Raoult, infectiologue, professeur de microbiologie et spécialiste des maladies infectieuses, dit qu’« il n’y a pas d’infection virale respiratoire qui ne soit saisonnière. Paradoxalement la chose la plus intelligente qui ait été dite à ce propos l’a été par Trump,  qui estime qu’au printemps le Coronavirus  va disparaître ».  

Le professeur Yoram Las, ex-directeur général du Ministère de la Santé en Israël estime pour sa part que le pays n’aurait jamais du fermer ses frontières. Il réfute la comparaison avec l’Italie, notant que le Coronavirus  y est plus ravageur qu’ailleurs parce que  la morbidité respiratoire y est notoirement supérieure à celle de ses voisins lors d’épidémies de grippe.

Le confinement ordonné par les autorités un peu partout au monde risque d’avoir un effet dévastateur et de provoquer des dégâts humains et matériels considérables consécutifs à l’écroulement de la production industrielle, et donc de l’économie. 

La gestion de l’épidémie par les autorités consiste en ce moment à mettre en œuvre ce que l’on appelle le «  principe de précaution », concept formulé par le philosophe Hans Jonas dans les années 1960 concernant la protection de l’environnement. Ce principe est respectable, mais comporte aussi le risque d’en faire trop.

Le monde est malade du Coronavirus, et il faut donc tenter une opération visant à juguler la pandémie, mais il faut aussi espérer que nos dirigeants ne nous annoncent pas un jour que l’opération a réussi mais que le patient est mort.

J’accuse le boycott de J’accuse

Né en 1933, Roman Polanski n’avait pas vocation à devenir l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Petit de taille, cet grand artiste est un rescapé de la Shoah, qui n’a dû le salut qu’à son évasion du ghetto de Cracovie à l’âge de huit ans, et qui ensuite fut privé d’école parce que Juif.

La mère de Polanski a été assassinée au camp d’extermination d’Auschwitz alors qu’elle était enceinte, et bien des années plus tard son épouse, elle aussi enceinte, a  été massacrée par des monstres. Son père quant à lui a survécu au camp de concentration de Mauthausen.

Polanski a été condamné en 1977 aux Etats-Unis pour abus sexuel sur Samantha Geimer, une jeune fille mineure. Le féminisme contemporain incite à la libération de la parole, ce que Samantha Geimer a mis en pratique en accordant son pardon à Polanski et en déclarant que  sa mésaventure ne l’a traumatisée ni mentalement ni physiquement.  La libération de la parole, c’est aussi cela. 

A chacun de se faire une idée de l’homme Polanski, mais rien dans son œuvre n’est illicite. Les Césars décernés à son film « J’accuse » constituent avant tout un hommage à son talent et à celui de ses collaborateurs.

Non seulement est-il absurde de boycotter « J’accuse », mais il faudrait au contraire en faire la promotion.  Toute opposition à ce film est d’office et d’avance une obstruction au combat contre l’antisémitisme. Les jeunes,  les moins jeunes, les vieux et les ignares en tous genres doivent apprendre ce que fut l’affaire Dreyfus. Qu’ils sachent que cette ignominie a été le terreau de l’antisémitisme de l’Etat français lors de la Shoah. Que c’est l’affaire Dreyfus qui a accouché du régime de Vichy, celui-là même qui a décrété  le « Statut des Juifs » et qui les a envoyés à la mort dans les camps nazis.

Mais l’affaire Dreyfus a aussi accouché d’un autre enfant : l’Etat d’Israël. 

Jean Daniel et le Coronavirus

Jean Daniel, fondateur du “Nouvel Observateur”, écrivain, journaliste et intellectuel notoire, est décédé il y a quelques jours à l’âge de 99 ans. Ce bel esprit d’origine juive avait choisi de se distancier de sa judéité. Mais comme beaucoup de Juifs honteux, la haine de soi l’avait rendu plus critique vis-à-vis d’Israël que du reste du monde.  Au fil du temps cette détestation avait fini par infecter sa plume pour tout ce qui tournait autour du conflit israélo-arabe. Dans son ouvrage « La Prison Juive » il en arrive à conclure que les Juifs sont les artisans de leur propre malheur tellement ils sont captifs de leur délire messianique.  Jean Daniel n’est plus de ce monde, ce qui fait que l’on ne saura malheureusement jamais s’il estimait que  le Coronavirus c’est la faute aux Juifs, aux Chinois ou aux cyclistes.

George Steiner ou l’art de se tromper

L’écrivain et philosophe juif George Steiner est décédé à l’âge de 90 ans. Ce brillant universitaire polyglotte qui lisait Sophocle dans le texte se revendiquait comme juif, mais avait une propension morbide à fréquenter des antisémites en tous genres. Il trouvait que la vocation du Juif était de ne pas être sédentaire, de toujours être invité partout et de se conduire en conséquence. Il estimait que l’Etat juif c’était cher payé comme solution à l’antisémitisme, mais omettait d’expliquer en quoi la Shoah ne l’était pas. Mais vers la fin de sa vie il s’est ravisé : petit rappel de ce qu’il dit à la journaliste Laure Adler dans un livre d’entretiens publié en 2014 et intitulé « Un long samedi » :

« …dire que Netanyahou est dans l’erreur, c’est facile quand on est dans un beau salon à Cambridge. C’est là-bas qu’il faut le dire. Et tant qu’on n’y est pas, à vivre de tout son être en otage de la situation, je crois qu’il vaut mieux se taire. D’ailleurs, maintenant que je suis si près de la fin, de ma fin, je ne suis plus certain du tout. Il y a des moments où je voudrais partir et y être. Des moments où je me demande si je n’aurais pas dû aller en Israël.

... J’ai étudié de l’hébreu jusqu’à ma bar-mitsva, puis je me suis rué sur le latin et le grec. J’ai laissé tomber l’hébreu. Inexcusable. J’aurais pu le reprendre plus tard… Paresse.

Maintenant, cela me manque terriblement de ne pas avoir appris l’hébreu. Je l’ai fait, au début, et puis j’ai été pris par le grec et le latin… C’était une grande erreur.

Déjà, et c’est très grave, vous et moi devons lire la Bible dans de mauvaises traductions, parfois glorieuses mais au fond mauvaises. Ne pas savoir l’hébreu est une première barrière devant l’une des sources de notre humanité.

…Pourquoi est-ce que 70  % des Nobel en sciences sont juifs ? Pourquoi est-ce que 90  % des maîtres d’échecs sont juifs, que ce soit en Argentine ou à Moscou ? Pourquoi les Juifs se reconnaissent-ils entre eux à un niveau qui n’est pas seulement celui de la réflexion rationnelle ? »

Steiner ne donne plus de nouvelles depuis son décès, mais il est probablement en train d’arpenter le Paradis en compagnie de Moïse.