L’âme des peuples

Bien que né en Suisse eu égard aux aléas de la Seconde Guerre Mondiale, ma jeunesse  et l’essentiel de ma vie adulte s’est déroulée en Belgique, à Anvers. Mes parents étaient polonais, mais s’exprimaient en yiddish. J’ai été scolarisé en flamand, mais la communauté juive était francophone.

Je ne me suis jamais identifié comme Suisse, Polonais ou Flamand, mais comme Juif. Il n’empêche que je me considérais comme citoyen belge à part entière, et que je ne voyais aucune incompatibilité entre cette citoyenneté et mon appartenance au peuple juif.

Il y avait parmi la population un antijudaïsme endémique, mais l’Etat lui-même n’était pas antisémite, et était même plutôt bienveillant envers la communauté juive. Celle-ci en tous cas était reconnaissante de vivre dans un Etat de droit, bien que constituant un peuple dans le peuple. En effet, il n’est pas anodin de relever que les cérémonies officielles des institutions juives d’Anvers se clôturaient non seulement par l’hymne national belge, mais aussi par l’hymne national israélien.

L’école juive que je fréquentais appliquait le programme d’Etat avec rigueur, mais nous avions en plus de cela deux heures quotidiennes d’hébreu, de judaïsme et de sionisme. Mais, bizarrement, personne parmi les parents d’élèves ou les élèves eux-mêmes ne trouva jamais anormal que l’on nous enseignât que nos ancêtres étaient des Gaulois.  Nous étions même plutôt fiers d’apprendre  que Jules César considérait que « de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves »[1].

Je n’ai jamais été politisé, mais au fur et à mesure de la construction de l’Europe, je trouvais qu’en plus d’être juif il était légitime que je m’identifie aussi comme Européen.  Lors de la Seconde Guerre Mondiale, Hannah Arendt elle-même avait promu l’idée d’une nation juive à intégrer au sein d’une future Europe Fédérale qu’elle appelait de ses vœux. Elle pensait qu’après la Guerre  « les Juifs devraient y être reconnus en tant que nation, et représentés en tant que tels au Parlement européen[2].

Je savais pour ma part que l’Europe n’était pas une nation, mais j’étais en faveur d’une intégration des peuples qui la constituaient, qui finiraient par former une entité qui s’appellerait les « Etats-Unis d’ Europe », à l’image des Etats-Unis d’Amérique. En plus des atouts économiques qu’un tel projet ne manquerait pas de susciter,  je pensais que l’interdépendance de peuples qui s’étaient combattus pendant si longtemps rendrait désormais la guerre impensable.

Je considérais les eurosceptiques comme réactionnaires et archaïques, et j’ai été choqué le jour où les Britanniques sont sortis de l’Union Européenne. J’y voyais un craquement dans cette Europe occidentale pacifiée et prospère. Je pensais par ailleurs qu’une Europe politique était compatible avec des particularismes régionaux, et qu’il n’y avait pas de mal à ce que ces nations du vieux continent cèdent une part de leur souveraineté à un pouvoir central. Je savais que le chemin serait long, mais je pensais que cela correspondait au bien commun.

Mais à l’âge de la retraite, après avoir fait mon Alyah, ma perspective concernant l’avenir de l’Europe à changé.  Quand j’ai pris conscience qu’en Israël ma citoyenneté et mon identité se confondaient, j’ai compris du même coup ceux qui voient dans l’Union Européenne un piège pour l’âme des peuples qui la constituent.

Par association d’idées j’espérais que le jour arriverait où Israël aurait des relations apaisées avec ses voisins, mais pas au point de se fondre en une entité supranationale qui s’appellerait les « Etats-Unis du Moyen-Orient ».

J’ai le sentiment que les peuples peuvent vivent en bonne entente les uns à côté des autres,  mais qu’ils n’ont pas vocation à vivre les uns avec les autres.

[1] « Guerre des Gaules », Jules César

[2] « Hannah Arendt.  Ecrits juifs » Fayard, 2011.

 

La question juive et la crème glacée.

La marque américaine de crèmes glacées « Ben & Jerry’s » a annoncé qu’elle cesserait bientôt de vendre ses produits en Cisjordanie sous prétexte qu’il s’agit de territoires occupés. Les fondateurs de cette entreprise s’appellent Cohen et Greenfeld, deux Juifs honteux de l’être. Ils soutiennent ce boycott décidé par le conseil d’administration de « Ben & Jerry’s », considérant qu’il s’agit là « d’une étape particulièrement courageuse en accord avec les valeurs progressistes. » Il faut savoir que dans le jargon de la gauche bien-pensante américaine, être progressiste implique d’être antisioniste. Cohen et Greenfeld se sont  donc alignés sur l’idéologie  BDS, organisation antisémite notoire qui  conteste la légitimité de l’Etat juif et aspire à y mettre fin.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid a qualifié l’initiative de « Ben & Jerry’s » d’antisémite, et le président Yitzhak Herzog a évoqué à cette occasion « un nouveau genre de terrorisme ». D’une manière générale la majorité de la classe politique comme de l’opinion publique israélienne est choquée par la décision de « Ben & Jerry’s ».

Hannah Arendt estimait qu’être juif signifiait « d’abord et avant tout une appartenance politique et nationale », et que  « lorsque l’on est attaqué en qualité de Juif, c’est en tant que Juif que l’on doit se défendre ». Ce n’est manifestement pas l’opinion de Cohen et Greenfeld, qui préfèrent donner des gages à une gauche postmoderne qui a perdu à la fois ses repères et son honneur.

Cohen et Greenfeld sont américains, et ont donc le droit de se montrer hostiles à l’égard d’Israël.  Mais  le problème est qu’en tant que Juifs ils ont des liens avec Israël et sont donc éligibles à la « Loi du Retour », ce qui leur confère le droit de devenir citoyen israélien. Cette Loi précise même que « L’État d’Israël déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté ».

Si Cohen et Greenfeld veulent être cohérents avec leur aspiration à contribuer à la paix et à la justice en Palestine, ils devraient s’adresser à l’Ambassade d’Israël à Washington pour lui notifier qu’ils renoncent à la « Loi du Retour ». Mais comme ces compères ne semblent pas briller par leur courage, Israël pourrait prendre l’initiative et leur envoyer un courrier leur signifiant qu’ils sont déchus  du droit à la « Loi du Retour » eu égard à leur détestation d’Israël.

Mais alors, qu’adviendrait-il de ces distributeurs de sorbets au cas où ils seraient victimes à leur tour d’antisémitisme en Amérique, bien qu’ils aient tout fait pour plaire aux ennemis de Juifs ? A méditer.

Zemmour et Vichy ou la confusion des sentiments

Le « Suicide français » est un ouvrage de l’écrivain, journaliste et intellectuel Éric Zemmour. La thèse qui sous-tend cet essai est que la France est en déclin.  Un des chapitres contient un passage tendant à réfuter la manière donc Robert Paxton, historien de la Seconde Guerre Mondiale, analyse le régime de Vichy.

Zemmour note que Paxton constate dans son livre « La France de Vichy » que les trois quarts des Juifs français ont pu échapper à la mort sous le gouvernement de Pétain. L’explication en serait, d’après Paxton, que ce sont les opposants au régime, parmi lesquels les « Justes  des  Nations », qui ont sauvé ces  Juifs.

Mais, s’interroge Zemmour,  si l’on estime que  ce sont ces français-là qui ont rendu possible un sauvetage d’une telle ampleur,  comment se fait-il que les Hollandais n’ont pas réussi à en faire autant ? Le nombre de leurs « Justes » était supérieur celui de la France, mais les Juifs des Pays-Bas ont néanmoins été exterminés à près de 100 %.

D’après Zemmour, Paxton a tort de considérer que le régime de Vichy relevait du mal absolu. Il pense plutôt que l’intention avait été de se placer entre le marteau et l’enclume afin de modérer la folie criminelle nazie. Après tout la France avait été écrasée par un ennemi qui ne lui laissait guère le choix. Vichy aurait donc, dans ces conditions, pris le parti de jouer une sorte de double-jeu en  tentant de sauver ce qui pouvait l’être, tout en faisant mine de collaborer avec l’occupant.

Zemmour cite Raul Hilberg, spécialiste de l’histoire de la Shoah, selon lequel le gouvernement de Vichy se serait efforcé de contenir les exigences allemandes concernant les  Juifs. Mais ces pressions devenant de plus en plus intenses, il y eut un stade où Vichy ne pouvait plus s’y opposer de manière efficace.  En désespoir de cause le régime dut se résigner à lâcher les Juifs étrangers en échange de la vie sauve pour les Juifs français.

Zemmour soutient que le régime de Vichy étant essentiellement nationaliste, il ne lui restait qu’à se servir du peu de souveraineté qui lui restait pour protéger ses nationaux. Vichy aurait donc eu à cœur de protéger les Français juifs non pas parce qu’ils étaient juifs, mais parce qu’ils étaient français.

Petit saut en avant dans l’Histoire. En 1976 un vol d’Air France en provenance de Tel-Aviv est détourné par des terroristes palestiniens et allemands, et atterrit à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda.  Les preneurs d’otage libèrent les passagers non-Juifs, mais enferment les Juifs dans un hangar. Il y a là comme un écho au « Statut de Juifs » de Vichy. Mais contrairement à Pétain, le commandant de bord Michel Bacos et son équipage décident de rester avec les Juifs jusqu’à leur libération.

Zemmour dénonce volontiers la soumission actuelle de la France à l’Islam, à l’Union Européenne, à la Chine ou aux Etats-Unis, mais bizarrement trouve des circonstances atténuantes à la soumission de  Vichy aux nazis. La fibre  nationale de Zemmour est respectable, mais en faire l’unique vecteur de la conscience quand elle est confrontée à la barbarie confine à l’inconscience. Trouver qu’il est légitime de discriminer entre humains aux prises avec la mort sur base de la seule préférence nationale témoigne d’une perte de repères.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, Rudolf  Kastner est un notable qui dirige le « Comité d’Aide et de Secours » des Juifs hongrois. Il négocie avec les nazis le sauvetage de 1684 Juifs en échange d’argent, d’or et de diamants. Mais outre le côté sordide de la transaction, il minimise sous la pression des nazis ce qui attend les Juifs qui n’ont pas les moyens de s’acheter la liberté.

Après la guerre, un journaliste Israélien accuse Kastner d’avoir collaboré avec les nazis. Il est poursuivi pour diffamation.  L’affaire prend une ampleur inattendue et se transforme en enquête sur la Shoah de Hongrie. Au bout du procès le tribunal donne raison au journaliste.  Le juge étaie sa décision en disant que du seul fait d’avoir traité avec les Nazis « Kastner avait vendu son âme au diable » .

Les arguties de Zemmour, aussi pertinentes soient-elles, ne tiennent pas devant l’ignominie d’un Vichy qui avait, lui aussi, vendu son âme au Diable.

יהודי התפוצות והפוליטיקה בישראל

חוק השבות של מדינת ישראל מבטיח את זכותו של כל יהודי לעלות לישראל בכל עת, ולהפוך לאזרח לכל דבר. אחד התיקונים לחוק זה קובע כי המדינה תעשה מאמצים להבטיח את ביטחונם של בני העם היהודי הנמצאים  במצוקה או כלואים בגלל יהדותם או אזרחותם

לפני כמה שנים שלחו 400 יהודים בריטים מכתב גלוי לשגרירות ישראל בלונדון באומרם כי הם דוחים כל התייחסות  לחוק השבות. הם הצהירו כי הם אינם חשים קשורים לחוק זה, לא באופן מעשי ולא סמלי, לא לגבי עצמם ולגבי צאצאיהם, לא כעת ולא בעתיד. לכן זכותם המלאה לבקר את מדינת ישראל ואף להיות עויינים כלפיה מכוח חופש הביטוי

באשר ליהודים ברחבי העולם, הרואים את מדינת ישראל כאחראית לשלומם מכוח חוק השבות, באופן מעשי או סמלי, לגבי עצמם ולגבי צאצאיהם, כעת או בעתיד, עליהם להתאפק בהתבטאויות נגד מדינת ישראל, כאשר היא מצדה מתחייבת לקבלם בלי תנאי,  בעת שלום ובעת משבר

לפיכך, ליהודי התפוצות, המכירים  בתוקף חוק השבות כלפיהם, אך ביקורתיים לגבי מדיניות זו או אחרת של מדינת ישראל, עליהם מוטלת חובה אחת בלבד: לשתוק

La Diaspora et la politique d’Israël

La « Loi du Retour » de l’Etat d’Israël garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël à tout moment et de devenir citoyen à part entière sur simple demande. Un des amendements de cette loi stipule que « L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté ».

Il y a quelques années, 400 Juifs britanniques ont envoyé une lettre ouverte à l’Ambassade d’Israël de Londres pour lui signifier qu’ils rejetaient à titre définitif tout recours à la « Loi du Retour ». Ils ont déclaré ne pas se sentir concernés par cette loi, ni concrètement ni symboliquement, ni pour eux-mêmes ni pour leurs descendants, ni maintenant ni plus tard. Ils ont donc le droit de critiquer Israël et même de lui être hostile en vertu de la liberté d’expression.

Quant aux Juifs à travers le monde qui estiment être partie prenante de la « Loi du Retour », concrètement ou symboliquement, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants,  maintenant ou plus tard, ils ont une obligation de réserve envers Israël, qui s’engage de son côté à accueillir les Juifs de la Diaspora en temps de paix comme en temps de crise.

C’est ainsi que ces Juifs qui tiennent à  la « Loi du Retour », mais qui sont en même temps critiques par rapport à telle ou telle politique d’Israël, ils n’ont qu’un seul devoir :  celui de se taire.

 

אובמה ושאלת היהודים

קיים מונח שאני מכנה אותו « אנטישמיות בעוצמה נמוכה ». זה סוג של עוינות שקטה, שמטרתה לא בהכרח לפגוע ביהודים, אולם שדורשת מהם לא להיות גלויים לעיין יתר על המידה. סוג של אנטישמיות זו אף יכולה להפוך לאהדה מסוימת כאשר יהודים במצוקה
יש בארצות הברית קהילות אפרו-אמריקאיות בהנהגת אנשי דת אנטישמים מובהקים, כמו הכמרים לואי פארגאן וג’רמיה רייט. ג’רמיה רייט היה במשך שני עשורים הסמכות הרוחנית של הנשיא לשעבר ברק אובמה. אובמה מצטט אותו 26 פעם באוטוביוגרפיה שלו, ומספר שג’רמיה רייט ניהל את טקס החתונה שלו, והוא גם ביקש ממנו להטביל את ילדיו. כשהתמודד לנשיאות בשנת 2008, הוא ניתק את קשריו איתו משום שחשש שקרבה זו עלולה להשפיע לרעה על הבוחרים היהודים והאוונגליסטים. אבל כל עוד שאובמה כיהן כסנאטור, הוא הקפיד להשתתף בכנסים האנטישמיים של מורה הדרך שלו, ומעולם לא מתח ביקורת על נאומיו הגזעניים. כשמתבוננים בעוינות של אובמה כנגד ישראל בתקופת כהונתו, קשה שלא לחבר בין זה לזה
אובמה משחזר בספרו את ביקורו בשרידי מחנה הריכוז בוכנוולד. הוא נזכר שלחוויה זו הייתה « משמעות פוליטית מובהקת ». בכך הוא מתכוון שלמרות « ששקל » לבקר בישראל, הוא ויתר על כך « כדי לכבד את רצונה של ממשלת ישראל שלא להפוך את השאלה הפלסטינית לנקודה המרכזית בנאומו. » במילים אחרות הוא טוען שהוא צונזר על ידי הדמוקרטיה היחידה במזרח התיכון
כדי להבין את היקף השקר הזה חשוב לזכור שאובמה הצליח לא לדרוך על אדמת ישראל במשך ארבעה שנות כהונתו הראשונה. במקום זאת הוא « בחר לבקר בבוכנוולד כדי להצהיר את מחויבותו לישראל ולעם היהודי. בפועל, אפשר להסיק מפעולותיו שהוא העדיף עלייה לרגל במרחב בו יהודים מתים, במקום במרחב בו יהודים חיים
כשאובמה, בסופו של דבר, נאלץ להגיע לישראל בקדנציה השנייה שלו, הוא נשא את נאומו לקהל אוהד באולם כנסים בירושלים במקום לנאום בכנסת כמקובל בקרב מנהיגי העולם החופשי, הדואגים לכבד את הדמוקרטיה הישראלית.

התייחסותו של אובמה לזרוע הצבאית של החמאס היא מזעזעת. הוא מציג אותו כ »ארגון ההתנגדות הפלסטינית ». התנגדות ? במדינתו של הנשיא אובמה עצמו, החמאס נמצא ברשימת ארגוני הטרור
קטע נוסף של חוסר תום לב, שגובל בנגציוניזם: « בבית הספר היסודי השתתפתי בשנת 1972 בשידורי המשחקים האולימפיים במינכן, שם נטבחו ספורטאים על ידי רעולי פנים » מי היו הספורטאים האלה ? חייזרים ? מה לגבי « רעולי הפנים » ? חייזרים אחרים ? לא: הספורטאים האלה היו יהודים שנרצחו בגלל היותם יהודים, ו »רעולי הפנים » היו רוצחים מטעם ארגוני טרור פלסטינים. אובמה מתעלם מכך לחלוטין
כזכור, אובמה לא הגיע לישראל בקדנציה הראשונה שלו, אבל כן ביקר באותה תקופה בטורקיה ובמצרים אף על פי שישראל ממוקמת בין שתי המדינות האלה. הסיבה היא כנראה, שאובמה לא צבר מספיק נקודות « מיילים » כדי להרשות לעצמו לעצור בנתב »ג
בכל מקרה, במהלך ביקורו בקהיר, הוא פנה לבכירי המשטר, כולל « דמויות מובילות של האחים המוסלמים ». לדבריו, הוא אמר להם « שאמריקה והאסלאם מונעים ומוזנים על ידי עקרונות משותפים שהם צדק וקדמה, סובלנות וכבוד לכל אדם באשר הוא אדם. » הוא הוסיף « שלאסלאם יש מסורת של סובלנות שהוא גאה בה ». אנחנו לעולם לא נדע אם אמירה זו הייתה סוג של הומור מצידו. אבל מה שבטוח שהוא לא ניסה להצחיק, אותנו לפחות, כשבמהלך אותו נאום הוא השווה בין השואה של יהודי אירופה למצוקת הפלסטינים בחיפוש אחר  טריטוריה
כדאי לזכור, שאובמה הוא חתן פרס נובל לשלום על סמך זאת שהוא לא תרם כלום למען השלום בשום צורה כל שהיא. על אף האמור, יש להכיר בכך שכאשר אובמה ערך, לבסוף, ביקור ממלכתי בירושלים, הוא הצהיר שהוא ידיד ישראל
בנסיבות כאלה נהוג לומר כשיש לך חברים כאלה אינך זקוק לאויבים

Le naufrage du parti travailliste d’Israël

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, défend dans un article du magazine « Regards » son point de vue à propos de la  décision du parti travailliste  Avoda  de placer Ibtisam Mara’ana en septième position sur la liste des candidats-députés en vue des élections législatives.

Mara’ana est une Israélienne arabe, réalisatrice de cinéma, enseignante, militante féministe et antisioniste. Barnavi précise qu’elle est mariée à un Juif, comme si cela devait exclure l’idée quelle pourrait être antisémite.

En 2008 Mara’ana déclarait au cours d’une interview avec un journaliste du quotidien israélien « Globes »  qu’elle aurait aimé écrire un scénario où elle imaginerait la destruction de la ville de  Zikhron Ya’akov[1] et expédierait ses habitants en Pologne. Elle ajoutait dans un même souffle que les Juifs sont un peuple lâche, cupide et dominateur.

Mara’ana est notoirement opposée à l’Etat du peuple juif tel que défini dans la Déclaration d’Indépendance d’Israël. C’est fidèle à cet esprit qu’elle estime ne pas être tenue de respecter la mémoire des soldats de Tsahal morts au champ d’honneur. En 2012 elle déclarait que quand retentit la sirène de commémoration une fois par an, et que les automobilistes sortent de leur véhicule pour se tenir debout en signe de recueillement, elle continue de rouler et dit éprouver de la jubilation à être seule à poursuivre son chemin. Barnavi estime que  Mara’ana a changé d’avis depuis, puisqu’elle invoque ces jours-ci « une erreur de prime jeunesse ». Mais comme elle avait 37 ans à cette époque cela  ne correspond pas vraiment à la notion de « prime jeunesse ». Elle était au contraire déjà une militante politique mure, et consciente de la portée de ses propos.

Barnavi affirme qu’à l’annonce de la position de Mara’ana  sur la liste du parti travailliste « la droite a aussitôt introduit une requête auprès de la Commission électorale pour lui interdire de se présenter aux élections ». Difficile de déterminer si Barnavi se trompe ou s’il induit sciemment ses lecteurs en erreur, mais le fait est que cette pétition a été déposée par la gauche, notamment  par Maozia Segal, ancien combattant  et membre du parti travailliste, ainsi que par d’autres membres qui objectent à la candidature de Mara’ana pour des raisons d’ordre éthique. C’est dans un deuxième temps seulement que d’autres demandes d’annulation ont suivi la gauche.

Je suis en faveur de la liberté d’expression dans son acception la plus large. J’estime donc que Mara’ana a le droit de détester les Juifs, les cyclistes, les chiens et les chats, et quiconque qui ne lui revient pas. Elle a aussi le droit de penser que les Juifs doivent retourner en Pologne  et que la planète se porterait mieux sans eux. Mais le scandale est ailleurs : indépendamment des opinions politiques de tout un chacun, il est indécent pour un des partis fondateurs du projet sioniste  de pousser vers la Knesset une militante opposée au principe même de l’Etat juif. Le fait que Mara’ana se soit excusée suite à la demande d’annulation de sa candidature est cousu de fil blanc et n’est pas crédible eu égard à la coïncidence avec le calendrier électoral.

Cela ne signifie pas que l’on ne puisse jamais revenir sur ses propos, ni changer d’avis, ni faire amende honorable. Chacun  a droit à l’erreur.  Mais si Mara’ana s’était excusée avant de prétendre siéger à la Knesset et avait milité de manière durable dans un parti sioniste c’eût été différent. Maintenant le fait est là : Mara’ana a réussi son coup politique, mais le parti de Ben Gourion, de Levi Eshkol, d’Itzhak Rabin, de Golda Meïr, de Moshe Dayan et de tant d’autres héros d’Israël s’est déshonoré par la même occasion.

Quant à Elie Barnavi, personnalité et intellectuel respectable, il ne devrait pas soutenir l’insoutenable au nom de l’idée qu’il se fait de la gauche israélienne. Celle-là mérite mieux qu’Ibtisam Mara’ana.

[1] Zikhron Ya’akov a été fondée au 19ème siècle par une centaine de pionniers venus de Roumanie. C’est une des premières agglomération de la mouvance sioniste.

L’honneur perdu du Parti démocrate américain

Les autorités israéliennes ont récemment refusé de délivrer un visa d’entrée à Rashida Tlaib et Ilhan Omar, deux membres démocrates du Congrès américain. Celles-ci sont connues pour leurs déclarations antisémites et appellent à ostraciser Israël, ce qui tombe sous le coup de la loi israélienne, qui interdit l’accès au territoire à quiconque appelle au boycott économique, culturel ou universitaire de l’Etat.

Se voyant déclarée « persona non grata », Rashida Tlaib, qui est d’origine palestinienne, a envoyé une lettre au ministre de l’Intérieur le conjurant de lui permettre de visiter sa grand-mère en Cisjordanie, arguant que ce serait peut-être la dernière occasion de la voir. Le Ministre le lui a concédé sur base humanitaire, à condition qu’elle s’engage de ne pas exploiter la situation en transformant sa visite en manifestation hostile à Israël. Elle a accepté le compromis, mais deux jours après elle s’est rétractée sous la pression de ses amis politiques.

Comme l’objet déclaré de la visite de Rashida Tlaib était de révéler au monde à quel point les conditions de vie des Palestiniens étaient difficiles, le journal israélien « Israel Hayom » a décidé de faire le point sur la question. Une des sources d’information a consisté à analyser les profils Facebook des habitants de Beit Ur al-Fauqa, le village de la famille de Rashida Tlaib. C’est ainsi qu’il appert que les Tlaib vivent plutôt confortablement.

Ahiam Tlaib et Samah Tlaib exhibent sur Facebook des BMW flambant neuves, et Raja et Anas Tlaib leur Mercedes dans laquelle Anas se rend dans sa luxueuse salle de sport. Nayef Tlaib quant à lui roule en Corvette décapotable que l’on voit garée devant une superbe maison de trois étages en construction. Par ailleurs ces profils Facebook montrent que les Tlaib se promènent à Jaffa, Saint-Jean d’Acre Acre et à Tel Aviv, et voyagent en Turquie ou ailleurs dans le monde, ce qui n’est pas vraiment un signe d’enfermement.

Ces clichés n’ont évidemment pas de valeur statistique, mais ce qui est intéressant c’est qu’ils sont corroborés par un rapport de 2014 de la Banque Mondiale, qui révèle que le village où vivent les Tlaib est l’un des endroits les plus prospères de Cisjordanie. Le taux de pauvreté y est de 7,4% tandis que la moyenne de Cisjordanie est de 21%. Le taux de chômage quant à lui figure parmi les plus bas de la région.

Selon un rapport du « Bureau Central de Statistique de Palestine », il y a dans ce village 230 ménages. 215 des immeubles y sont définis comme propriétés privées. 116 d’entre eux ont cinq chambres ou plus, et 65 en ont quatre. Pratiquement tous les ménages sont équipés de la télévision par satellite, d’écrans LCD dernier cri, et sont connectés à l’Internet. La plupart des habitants ont un téléphone portable et la moitié des familles possèdent une voiture.

Reste que s’il est vrai qu’il s’agit d’une région à l’avenir politique incertain, il n’en est pas moins vrai que les habitants y vivent un quotidien digne. A comparer avec Gaza, ce territoire qu’Israël a quitté.

Sarah Halimi ou la justice post-moderne

Sarah Halimi est une femme juive de soixante-cinq ans décédée en avril 2017 après avoir été rouée de coups et défenestrée. L’assassin est son voisin Kobili Traoré, jeune multi-récidiviste 20 fois condamné pour violence aggravée ou autres méfaits, mais jamais considéré comme irresponsable.

La cour d’appel de Paris a néanmoins conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. Il ne sera donc pas jugé et devrait sous peu être libéré de son internement en milieu psychiatrique, étant donné qu’il ne souffre de troubles mentaux que lorsqu’il est saisi de pulsions le poussant à casser du juif au nom de l’islam.

Comment cela est-il possible ?

La nouvelle épidémie qui sévit dans une certaine intelligentsia, une certaine presse et une certaine magistrature s’appelle la pensée postmoderne. C’est ainsi que cette vision du monde fait l’impasse sur la notion de libre arbitre. L’essence de l’individu au sens postmoderne n’est que le reflet de sa communauté, de sa culture et de son histoire. Il n’y a donc pas d’individus dans la postmodernité : il n’y a que des identités. Le pluralisme s’est transformé en principe d’égalité à tous crins, ce qui a pour conséquence que l’égalité « est devenue folle », comme dit Finkielkraut.

La décision de la cour d’appel de Paris revient à considérer Kobili Traoré comme un avatar de son identité. Il ne serait pas plus coupable d’être un assassin drogué antisémite et islamiste que Sarah Halimi n’est coupable d’être une paisible femme médecin juive. Il semble donc que pour certaines juridictions il est tout compte fait devenu moins important de rendre la justice que de rendre l’égalité.

Jean Daniel et le Coronavirus

Jean Daniel, fondateur du « Nouvel Observateur », écrivain, journaliste et intellectuel notoire, est décédé à l’âge de 99 ans. Ce bel esprit d’origine juive avait choisi de se distancier de sa judéité.  Comme beaucoup de Juifs honteux, la haine de soi l’avait rendu plus critique vis-à-vis d’Israël que du reste du monde. Au fil du temps cette détestation avait fini par infecter sa plume pour tout ce qui tournait autour du conflit israélo-arabe. Dans son ouvrage « La Prison Juive » il en arrive à conclure que les Juifs sont les artisans de leur propre malheur tellement ils sont captifs de leur délire messianique.

Jean Daniel n’est plus de ce monde, ce qui fait que l’on ne saura malheureusement jamais s’il estimait que le Coronavirus c’est la faute aux Juifs, aux Chinois ou aux cyclistes.