Do not forgive Judge Goldstone

One can only welcome the retraction of Judge Goldstone as expressed in his article published in  “The Washington Post” concerning his “Operation Cast Lead” report. For the record, Israel intended in 2009  to put an end to the firing of Hamas on civilian populations, an ongoing harassment spread out over eight years and unsettling the lives of hundreds of thousands  Israelis stunned by screaming sirens summoning them to flee to shelters.

Israel did through « Operation Cast Lead » nothing else that defend its citizens. The IDF invaded the Gaza Strip in order to eliminate Hamas terrorists while making sure not to cause civilian casualties. Whenever it nevertheless occurred, the IDF opened inquiries in order to verify the facts and take appropriate actions. It is Judge Goldstone himself that admits it now.

Judge Goldstone recognizes that Israel has not committed any war crimes in Gaza and never targeted civilians. This in sharp contrast with Hamas, that deliberately and intentionally did so, which actually never needed to be investigated, since the Hamas had been claiming it itself all along.

Everyone can be wrong or go astray, either for good or bad reasons. Goldstone is perhaps forgivable as a private person, especially if he draws practical conclusions from his retractions and does the utmost in order to try to and repair the considerable damage caused to Israel’s image.

However, as a public person Goldstone must not be forgiven because he behaved unprofessionally and committed serious methodological errors. It is imperative to not expose other parties to his incompetence in the future. Although he now claims that « if he had known then what he knows now he would never have condemned Israel”, he does not reveal what made him change his mind, which continues to make him undependable.

The excellent « Analyse Critique du Rapport Goldstone » published a year ago by the periodical « Controverses » (http://www.controverses.fr/) is particularly striking from this point of view. It demonstrates how Judge Goldstone was biased whatever angle one looks at it, starting from the nature of the report’s sponsor, the “UN Commission on Human Rights” once chaired by Qaddafi’s Libya. « Controverses » explains how Judge Goldstone simply ignored the nature of the Hamas regime targeting civilian populations under the motto of its doctrine officially calling for the destruction of the State of Israel.

Not to forgive Judge Goldstone as a public person consists of barring him from assignments with regard to international law. His deceitful report has had serious implications not only for Israel, but for all democracies having to deal with terrorists. Nowadays these are no more small mobs, but full-blown armies financed by rogue states. These armies have substantial resources and are beyond control of the Geneva Convention.

It suffices to reflect on Guilad Shalit’s fate, the Israeli hostage from whom we do not even know if he is still alive. He may well be merely one of many victims of the Arab-Israeli conflict, it all says a lot about the Hamas notion of Human Rights.

Judge Goldstone has attempted to deprive Israel from it’s self defence right.

Do not forgive Judge Goldstone.

Il ne faut pas pardonner au juge Goldstone

On ne peut que se féliciter de la rétractation du juge Goldstone dans le « Washington Post » concernant son  rapport publié en 2009 concernant l’opération « Plomb Durci ». Pour mémoire, cette opération consistait pour Israël à mettre un terme aux tirs du Hamas visant les populations civiles, tirs étalés sur huit ans et altérant le quotidien de plus d’un million  d’israéliens tétanisés par les hurlements des sirènes les sommant de courir aux abris.

Israël n’a rien fait d’autre au moyen de l’opération « Plomb Durci » que défendre la vie de ses citoyens.  L’armée a envahi la bande de Gaza par voie terrestre pour frapper les terroristes du Hamas tout en s’efforçant de ne pas causer de pertes civiles. Chaque fois qu’il y en a eu malgré tout, Tsahal a déclenché ses procédures internes en vue de vérifier les faits et d’en tirer les conséquences le cas échéant. C’est le juge Goldstone qui le dit lui-même, maintenant.

Le juge Goldstone reconnaît  désormais qu’Israël n’a pas commis de crimes de guerre à Gaza et n’a jamais ciblé de civils. Ceci à l’inverse du Hamas, dont c’était l’intention délibérée et explicite, ce qui n’a d’ailleurs jamais nécessité d’enquête puisque le Hamas le revendiquait spontanément.

Chacun peut se tromper ou se fourvoyer, que se soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Goldstone en est peut-être pardonnable en tant que personne privée, en particulier s’il tire des conclusions pratiques de ses rétractations et met tout en œuvre pour  tenter de réparer les dégâts considérables causés à l’image d’Israël.

Mais en tant que personne publique le juge Goldstone est impardonnable parce qu’il a commis des fautes professionnelles et méthodologiques. Il est donc impératif de ne plus jamais exposer autrui à son incompétence. Dans son article du « Washington Post » il déclare que « s’il avait su à l’époque ce qu’il sait aujourd’hui il n’aurait jamais condamné Israël », mais se garde de dévoiler ce qui l’a fait changer d’avis, ce qui continue à le rendre suspect.

L’excellente « Analyse Critique du Rapport Goldstone » publiée il y a un an par la revue « Controverses » http://www.controverses.fr/ prend aujourd’hui un relief particulièrement saisissant de ce point de vue. Il y est démontré que le rapport Goldstone était biaisé dès le départ quel que soit l’angle sous lequel on l’examine, à commencer par la nature du commanditaire du rapport, la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU présidée un temps par la Lybie de Kadhafi. «  Controverses » démontre à quel point le  rapport Goldstone était bâclé en faisant l’impasse sur la nature du Hamas, régime terroriste s’attaquant aux civils et ayant pour doctrine officielle la liquidation de l’Etat d’Israël.

Ne pas pardonner au juge Goldstone en tant que personne publique consiste à ne plus lui permettre d’accéder à une fonction de quelque nature que ce soit ayant un  lien avec le droit international. Le scandale que constitue son rapport mensonger est lourd de conséquences non seulement pour Israël, mais pour toutes les démocraties aux prises avec le terrorisme, qui n’est plus aujourd’hui le fait de  groupuscules mais de véritables armées financées par des Etats-voyou. Ces armées disposent de moyens de moyens considérables échappant au contrôle d’instances internationales relevant de la Convention de Genève.

Il n’y a qu’à observer le sort que réserve le Hamas à Guilad Shalit, l’otage israélien dont on ne sait même pas s’il est en vie. Celui-ci n’a beau être qu’une seule parmi les nombreuses victimes du conflit Israélo-arabe, la manière dont il est traité en dit long sur la conception du Hamas des droits de l’homme.

Le juge Goldstone a tenté de déposséder Israël de son droit à la légitime défense.

Il ne faut pas pardonner au juge Goldstone.

Les ONG d’Israël et les faux amis

J’ai récemment assisté à un débat organisé par «La Paix Maintenant» à Université de Tel Aviv entre Yariv Oppenheimer, Secrétaire Général du mouvement, et Dany Danone, membre de la Knesset et président du Likoud Mondial. Le débat avait pour objet la proposition du Likoud de créer une Commission Parlementaire afin de vérifier les sources de financement  des ONG israéliennes.

Les deux orateurs sont des personnalités aux sensibilités politiques notablement divergentes. Ils ont cependant en commun d’être des sionistes convaincus et militants. Ce qui les sépare en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien est l’analyse du problème et donc les solutions qu’ils préconisent.

En conséquence, je me suis surpris à être d’accord avec tous deux en ce qui concernait l’objet du débat.

D’une part je crois tout comme Yariv Oppenheimer que la liberté d’expression doit être préservée en dépit des risques inhérents à tout régime démocratique, où il arrive que des forces antidémocratiques abusent du système. En outre, la liberté d’expression, comme le dit justement Yariv Oppenheimer, ne doit pas se limiter au droit de publier ou de discourir, mais doit aussi pouvoir s’appuyer sur des soutiens financiers internes ou externes.

D’autre part  je suis d’accord avec Dany Danone qu’accepter l’assistance d’ennemis d’Israël ou d’organisations antisémite est à la fois immoral et dangereux. Les ONG sont à cours d’argent de manière chronique, mais c’est justement une raison de renforcer la vigilance et d’évaluer avec discernement qui l’on veut bien fréquenter.

Le problème est qu’il est difficile, voire impossible de contrôler le flux de financier des ONG dès lors que celui-ci n’a pas de frontières. Même si une Commission Parlementaire arrivait à démontrer que les sources de financement de certaines organisations étaient problématiques, elles trouveraient rapidement le moyen de contourner la difficulté. Par conséquent  je pense qu’il est irréaliste d’attendre d’une Commission Parlementaire de se montrer  capable de durablement déjouer un tel financement.

S’il apparaît qu’une ONG israélienne est hostile à Israël ou à ses institutions, ce doit être à la justice de régler la question, et ceci indifféremment de la source de financement.

La plupart des ONG israéliennes sont cependant de bonne foi.  Mais à la lumière de mon expérience de juif de la Diaspora, il m’apparaît que leurs dirigeants ne sont pas toujours conscients de la nature de certains de leurs adeptes internationaux, qui sont en réalité opposés à l’existence même d’Israël. En outre, bon nombre de ces faux amis sont des antisémites notoires.

Cette anomalie  s’applique bien entendu à la fois à la gauche et la droite de l’éventail politique.

Récemment, une délégation de 35 parlementaires européens d’extrême-droite a été accueillie par des membres de la Knesset et des maires. Les ONG israéliennes qui acceptent de se lier à eux, que ce soit moralement ou financièrement, se fourvoient parce qu’elles n’ont rien en commun avec ces mouvances.

Ce qui se passe avec les ONG israéliennes liées à l’extrême-gauche européenne est comparable. Cette extrême-gauche est viscéralement opposée à l’idée même d’un Etat juif mais utilise ses contacts avec des ONG israéliennes comme alibi pour l’escamoter sous une empathie de circonstance avec les palestiniens. L’extrême-gauche européenne a intériorisé des siècles d’antisémitisme et l’a remis à jour de manière particulièrement malsaine. Elle l’exprime sous couvert d’antisionisme, mais en dehors de ce détail sémantique, le discours est inchangé.

On charge Israël de tous les pêchés d’Israël, et la boucle de l’antisémitisme est bouclée.

En conclusion, j’estime qu’il appartient aux ONG israéliennes d’examiner de manière critique le profil des organisations disposées à les soutenir. Elles devraient décliner toute aide, de quelque nature que ce soit, de mouvements fleurant une idéologie incompatible avec la leur. Le rôle d’une Commission Parlementaire de la Knesset pourrait alors être de se renseigner sur les véritables motivations de soutiens d’origine étrangère, et de communiquer leurs conclusions aux ONG locales afin qu’elles  soient en mesure de filtrer elles-mêmes les concours qu’on leur propose.

La détestation selon Stéphane Hessel

Que Stéphane Hessel s’inquiète de la marche du monde, et en appelle à l’indignation dans son opuscule récent (« Indignez-Vous! »), on peut le comprendre. Mais quand il publie un texte qui est supposé avoir vocation universelle et qu’il dénonce les guerres qui font rage en ne trouvant rien d’autre que de mettre Israël en évidence pour illustrer son propos, c’est son texte lui-même qui en devient indigne. Stéphane Hessel va jusqu’à éprouver de la compréhension pour le Hamas et apprécie le dialogue avec ses dirigeants comme s’ils étaient des gens normaux qui n’envoyaient pas leurs enfants se faire exploser sur les enfants des autres.

Le propos de Hessel consiste supposément à dénoncer la guerre et l’injustice dans le monde entier et d’en débusquer les causes, or afin de bien se faire comprendre, il pointe un doigt accusateur vers Israël comme étant l’endroit emblématique, symptomatique et représentatif de toutes les guerres et injustices qui sévissent sur la planète.

Ce texte n’est pas un pamphlet contre Israël, mais contre le Mal qui ronge le monde. Hessel dénonce Israël sous forme de procédé pédagogique visant à que le monde comprenne de quoi le Mal a l’air. Et il l’air comme Israël, d’après lui.

Le texte de Stéphane Hessel est destiné à un public qui n’a ni le temps ni les ressources pour se documenter en profondeur. Or en désignant Israël nommément comme référence identifiant le Mal, cela revient à une incitation à la haine.
S’il avait sérieusement voulu en appeler à l’indignation des masses au lieu de céder à sa détestation obsessionnelle d’Israël (Cfr Richard Prasquier, président du Crif) il aurait été plus approprié de s’attaquer à l’islamisme, ou plus largement à l’instrumentalisation de l’Islam pour opprimer des populations entières. L’islamisme alimente objectivement la plupart des conflits au monde, donc s’il y a quelque chose d’emblématique du Mal à notre époque, c’est bien l’islamisme. Plus largement encore, il aurait pu s’attaquer au déni de démocratie en Chine ou sur le continent africain. Au lieu de cela il s’en prend à Israël, qu’il voue à la vindicte publique comme au bon vieux temps du bouc émissaire.

Pour mémoire, Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient, seul îlot de lumière dans cette mer d’obscurantisme, seul terre où la femme est l’égale de l’homme et où la liberté de conscience et d’expression est totale. Israël est aussi le seul endroit au monde où les arabes ont un droit de vote réel en tant qu’arabes dans un Parlement digne de ce nom. Hessel aurait mieux fait d’en appeler au monde à non seulement reconnaître cette réalité, mais surtout à faire savoir que c’est précisément à cause de cela que le droit à l’existence d’Israël est contesté.

Quand Hessel profère mensonge sur mensonge en se basant sur les mensonges des autres (Goldstone) dans le seul but de se faire valoir aux yeux de l’opinion publique, il en flatte les instincts les plus bas par un populisme suffisant. Peu importe dans ces conditions qu’il ait été résistant, parce que ce qu’il fait maintenant évoque plutôt Pétain : héros d’un combat, autiste lors d’un autre combat.

Israël s’est conduit le mieux possible lors de l’opération « Plomb Durci ». Cette opération n’a eu lieu qu’après qu’un million d’israéliens du Sud d’Israël aient été bombardés huit années durant et eu leur vie ponctuée par une course quotidienne aux abris. Israël ne s’est résolu à répliquer par la force qu’après avoir épuisé tous les autres moyens, tout en s’efforçant de minimiser les victimes civiles. Les trois-quarts des morts côté palestiniens furent d’ailleurs des « activistes » selon les sources mêmes du Hamas. L’essentiel des pertes israéliennes furent occasionnées par des erreurs de tirs de Tsahal soi-même, ce qui en dit long sur la complexité de la guerre urbaine.

Le premier devoir des dirigeants israéliens est d’assurer la sécurité de leur population, n’en déplaise aux beaux esprits. En même temps Israël est de la plus haute exigence vis-à-vis de soi-même et n’a de leçons à recevoir ni de la France ni du reste de l’Europe, dont pratiquement chacune des composantes s’est conduite de manière autrement barbare qu’Israël dans des situations analogues.

Stéphane Hessel ou l’innocence de la jeunesse

Stéphane Hessel à 93 ans, mais il n’est pas vieux. Quand il passe à la télévision on est frappé par sa vitalité, sa présence d’esprit et sa capacité d’écoute. La fraîcheur de sa vision du monde est particulièrement manifeste dans le texte qu’il vient de publier, où il appelle les générations montantes à s’indigner.

Il démontre qu’il vit avec son temps en clamant que sa principale indignation dans le monde actuel concerne la Palestine. Pas le Soudan, pas la Tchétchénie, pas l’Afghanistan, pas l’islamisme ni les dictatures. Non. C’est Israël qui est pour Stéphane Hessel la cause première des malheurs du monde. Rien de nouveau sous le soleil, disait déjà le Roi Salomon dans l’ « Ecclésiaste ».

La manière dont Stéphane Hessel manipule les contrevérités et les élucubrations antisionistes pour mettre en cause Israël – seule démocratie du Moyen-Orient – prouve qu’il est en phase avec son époque. Au lieu de défendre Israël comme un modèle dont pourraient s’inspirer les 22 dictatures qui l’entourent, il renverse le miroir et présente Israël comme un danger, ce qui est un comble. Au lieu d’attribuer le malheur des gazaouis au Hamas, il compatit avec cette mouvance mafieuse qui défenestre et mutile ses opposants en braillant que la loi de la Sharia doit être la référence universelle de l’humanité.

Stéphane Hessel mentionne dans son texte indigent les trois millions de réfugiés palestiniens comme si Israël y était pour quelque chose. En réalité c’est monde le arabe qui les confine dans des camps depuis des décennies afin de détourner l’attention des opinions publiques des vrais problèmes, à savoir la corruption et l’analphabétisme, et conséquemment le sous-développement. Il brandit un doigt accusateur contre Israël en mentionnant les morts de l’opération « Plomb Durci », alors que de l’aveu même du Hamas ces morts furent principalement des membres des milices participant aux bombardements des agglomérations civiles du Sud d’Israël.

La principale indignation de Stéphane Hessel, donc, concerne l’existence d’Israël. Il doit avoir raison, parce que si Israël disparaissait, les 22 dictatures qui l’entourent se transformeraient en Etats de droit, les femmes accèderaient à l’égalité, le chômage et l’ignorance disparaîtraient. C’est aussi simple que cela. On ne saisit pas bien pourquoi ni comment, mais il suffit de le réitérer avec suffisamment de constance pour que cela finisse par devenir vraisemblable. Surtout qu’il ne s’agit que de six millions de juifs concentrés dans un pays minuscule.

Stéphane Hessel regrette qu’il y ait peu de peuples qui tirent les leçons de l’Histoire. Mais il est probablement trop jeune pour se souvenir du passé. Sinon il saurait que s’il y a un bien peuple au monde qui tire les leçons de l’Histoire, c’est celui qui a fondé l’Etat Juif.

« A un ami israélien » de Régis Debray à Barnavi

L’écrivain et essayiste Régis Debray a récemment écrit un ouvrage intitulé « A un ami israélien » où il s’exprime sur le conflit israélo-arabe en s’adressant à Elie Barnavi, historien et ex-ambassadeur d’Israël à Paris. Je suis pour ma part en désaccord avec Barnavi, mais de la manière dont on peut l’être avec un juif israélien que l’on respecte. Je suis sceptique quant à son opinion comme quoi la solution israélo-palestinien devrait être imposée de l’extérieur. A partir du moment où Israël est une démocratie, je ne vois pas en vertu de quoi les Etats-Unis ou l’Union Européenne seraient habilités à déterminer la politique de son gouvernement.

Quant à Régis Debray, et en dépit de sa très belle plume, je pense que son point de vue sur Israël à travers ses écrits est détestable. Il se sert de poncifs anti-israéliens (pêché originel, colonisation, religion, apartheid, etc.. ) qui relèvent d’un antisionisme primaire. Il a en revanche un penchant affectif pro-palestinien marqué, ce qui est son droit, mais ce qui ne lui donne pas celui de falsifier l’Histoire. Le péché originel n’est pas du côté d’Israël comme il le prétend : il est du côté arabe qui a refusé le partage de la Palestine en 1948.

Cependant le fond de la pensée de Régis Debray perce à travers ses sophismes. Son discours rappelle celui de certains pionniers du sionisme qui regrettent qu’Israël ne se soit pas développé en centre spirituel uniquement. Cela sonne bien, mais en réalité c’est ce qu’ont tenté sans succès les juifs tout au long de 2000 ans d’Exil, ce qui a abouti à la nécessité de se constituer en État souverain « à l’intérieur de frontières sûres et reconnues » (résolution 242 de l’ONU).

Debray ne va pas jusqu’à nier le droit à Israël à l’existence, mais il y met des conditions telles que cela revient au même. C’est l’archétype du Gentil qui n’est à l’aise qu’avec des juifs intelligents mais peu musclés, à la rigueur religieux, de bonne compagnie, mais qui savent s’éclipser quand il le faut. Bref, il trouve qu’Israël est trop juif.

Il y des gens qui critiquent durement Israël tout étant amis. Je ne trouve pas que Debray rentre dans cette catégorie parce ce que, comme dit Claude Lanzmann, il n’y comprend rien. Or quand on s’appelle Régis Debray et qu’on n’y comprend à ce point rien, ce n’est pas l’intelligence qui est en cause, mais l’amitié. Il illustre parfaitement l’adage selon lequel avec des amis comme lui on n’a pas besoin d’ennemis.

 

Antisémitisme et modernité

Un juif vivant aujourd’hui en Occident n’a pas à craindre les institutions ni les pouvoirs en place. Mais peut-on croire que c’est définitif au regard de l’Histoire, en France où ailleurs, alors qu’il y a encore des gens en vie qui ont connu le « Statut des Juifs », quand on trouvait en plein Paris des panneaux « interdit aux juifs et aux chiens » ? Et comment oublier que, bien après la Shoah, l’Europe de l’Est, l’Union Soviétique et la plupart des pays arabes pratiquèrent un antisémitisme d’État dont on n’ose imaginer les effets si Israël n’avait été là pour accueillir les masses de juifs en déshérence ?

La modernité n’a rien changé à l’antisémitisme. De l’Argentine à la Russie, du Danemark à l’Afrique du Sud, de la Malaisie au Pakistan, du Venezuela à l’Iran, dans le monde entier des institutions ou des personnes juives sont le théâtre de violences physiques ou verbales de manière récurrente. L’idée que l’antisémitisme appartient au passé et serait dû à l’ignorance et à l’obscurantisme est fausse. Heidegger, Céline, Luther, Érasme, Maurras, Balzac, Wagner, Proudhon n’étaient ni ignorants ni obscurantistes.

Si Israël disparaissait, les juifs pourraient se retrouver à la merci d’un antisémitisme que rien n’arrête en temps de crise. Pense-t-on que l’Histoire est finie, que tout est dit sur la société humaine et qu’il n’y plus qu’à se laisser porter par la logique de la modernité pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Oublie-t-on que Voltaire fut un antisémite virulent ? Le Siècle des Lumières a permis l’émancipation des juifs, mais n’a en rien diminué l’antisémitisme. Au contraire : l’émancipation l’a renforcé, parce qu’en sortant des ghettos et  en devenant des citoyens à part entière, les juifs furent perçus comme des concurrents au plan intellectuel, politique, scientifique et économique.

Avancer qu’Israël n’a pas résolu la question juive parce que la guerre y sévit est inepte. C’est oublier que la France et ses voisins n’ont eu de cesse que de guerroyer tout au long de l’Histoire avant d’arriver à une pacification relative. Qui remet en question la légitimité de la France malgré les zones d’ombres qui certaines de ses frontières, en métropole comme ailleurs ? Pourquoi l’État d’Israël n’aurait-il les mêmes droits ?

Qui défendait les juifs avant l’État d’Israël ? Pour un seul Zola, combien de Maurras, combien de Drumont, combien de Brasillach, combien de Céline, combien de Laval ?

Le fait que la France ne soit pas officiellement antisémite ne change rien à l’intemporalité de la question juive, dont la seule solution légitime, pragmatique, pratique, praticable, pratiquée et qui sans aucun doute possible a fait ses preuves, c’est l’État d’Israël. Il y a une extraordinaire cécité à ne pas voir que la sécurité relative des juifs en Diaspora s’adosse à l’État d’Israël. Comment ne pas comprendre que chaque antisémite, qu’il soit une personne, un groupement ou un régime sait aujourd’hui que l’État d’Israël riposte à la judéophobie sans faillir, quel que soit l’endroit de la planète où elle se manifeste.

Quand le Conseil de l’Europe chercha un maestro pour adapter « l’Ode à la Joie » en hymne européen, il ne trouva rien de mieux que de confier la tâche à Von Karajan, immense musicien, mais ancien membre du parti nazi, pour chanter la fraternité humaine. Les nazis ont aujourd’hui pratiquement disparu, mais d’autres fanatiques promettent à leur tour d’éliminer ceux qui s’opposent à leur vision du monde.

On peut penser dans notre vieille Europe que ce nouveau fléau n’est qu’un mauvais rêve, que cela passera comme une mauvaise grippe. On peut le penser. Mais les juifs en Israël, sous le feu des missiles, n’ont que faire de ce que pense l’Europe, cette Europe judéophobe dont le sol n’est pas encore sec du sang juif versé dans l’indifférence la plus totale, toutes nations confondues. L’Europe et ses penchants criminels, comme dit Jean-Claude Milner, l’Europe amnésique traînant sa gueule de bois après un vingtième siècle sinistre, l’Europe titubant dans les relents des improbables noces nazies et staliniennes, l’Europe avachie qui s’ébroue, attend et remet tout à des lendemains qui forcément déchanteront.  Non, décidément non, cette Europe-là n’a pas de leçons à donner aux juifs.

Le discours que Mahmoud Abbas n’a pas prononcé pour le 60e anniversaire de la Nakba

Je suis le Président de l’Autorité Palestinienne. Je suis né en Palestine en 1935, à Safed.  J’ai aujourd’hui le devoir de vous dire qu’après avoir vainement lutté contre les juifs pendant plus de soixante ans, j’ai changé d’avis. Frères palestiniens, laissez-moi vous raconter comment ça s’est passé.

J’ai passionnément combattu le droit des juifs à se constituer en tant que nation en Palestine. Je me suis opposé au vote de l’ONU de 1947 annonçant le partage en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe. Je sais aujourd’hui que la Nakba fut une catastrophe pour tout le monde. Mes frères d’armes et moi-même sommes coupables d’avoir inondé la région d’une mer de sang et de larmes en refusant de vivre en paix avec le voisin juif. Sachez, frères palestiniens, que la Nakba ne commémore pas la création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948, mais bien l’attaque concertée du lendemain – le 15 mai 1948 – des armées arabes avec objectif de l’éliminer au lieu de vivre en paix à ses côtés.

Aujourd’hui encore, une partie importante du monde arabo-musulman souhaite la destruction de l’Etat d’Israël en tant que tel et non pas la rectification de ses frontières. Je reconnais pour ma part que j’ai fait fausse route, et que le conflit israélo-arabe n’a jamais été un problème territorial, mais bien la conséquence de la négation de l’autre, le prochain, le juif. Frères palestiniens, sachez que l’Etat d’Israël est une héritière des Lumières, une démocratie moderne qui adhère à l’esprit et à la lettre de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Sa légitimité en tant qu’Etat juif relève du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Tout au long de l’Exil les juifs sont venus en Palestine par vagues pour aboutir au sionisme moderne il y un siècle et demi. Ces pionniers admirables ont construit à mains nues un pays magnifique sur des terroirs ingrats ou des régions domaniales laissées à l’abandon, ou encore achetées au prix fort à des propriétaires lointains et indifférents. Aucune de ces terres ne furent jamais prises par la force. Aucune armée ne vint jamais les conquérir. Bien avant la Deuxième Guerre Mondiale les juifs avaient édifié les bases de leur Etat. Leur sécurité sociale, leurs syndicats ouvriers, leur système de transport, leur police, leurs universités, leur langue, leur agriculture, leur système politique, leur littérature, leur culture, tout cela était vivant et bien en marche dès les années 1920. Je reconnais aujourd’hui que les juifs ont autant que nous, palestiniens, le droit d’avoir leur Etat dans cette région, ceci à la fois au nom du passé lointain et du passé récent. Je regrette amèrement que nous n’ayons pas nous aussi su saisir l’occasion de créer un Etat moderne, prospère et démocratique en lieu et place de la Nakba.

Au lieu de cela nous et nos alliés arabes avons refusé la solution du partage, et nous sommes embarqués dans une aventure épouvantable avec le rêve fou de chasser les juifs de Palestine, en oubliant qu’eux aussi étaient chez eux. La rhétorique belliciste des deux camps a poussé en 1948 des centaines de milliers de palestiniens à fuir en attendant qu’Israël fût liquidé. Simultanément les pays arabes expulsèrent, spolièrent et contraignirent à l’exil près d’un millions de juifs. Ces juifs victimes d’un nettoyage ethnique massif refirent leur vie ailleurs, mais les centaines de milliers de victimes palestiniennes de la première guerre israélo-arabe de 1948 devinrent au fil des générations des millions d’apatrides qu’aucun pays ne voulut jamais intégrer. Soixante ans se sont écoulés depuis, mais on en est toujours là.

J’ai œuvré sans relâche pour la destruction d’Israël, et même rédigé une thèse mensongère concernant le sionisme. Je fus parmi les fondateurs du Fatah en 1959 et de l’Organisation de la Libération de la Palestine en 1964, à une époque où il n’y avait pas de territoires occupés. La Cisjordanie et Gaza étaient alors contrôlés par la Jordanie et l’Egypte. Au lieu d’y proposer aux palestiniens la souveraineté, l’Egypte, la Jordanie et la Syrie, soutenus par l’ensemble du monde arabe, attaquèrent Israël sur toutes ses frontières en 1967 en vociférant qu’ils jetteraient les juifs à la mer. Ce fut la Guerre des Six-Jours. Les troupes israéliennes repoussèrent l’offensive arabe de manière tellement radicale que dans leur élan ils investirent la Cisjordanie, Gaza, le Golan et le Sinaï. Ensuite ce fut les tristement fameux « NON » de Khartoum : NON à l’existence d’Israël, NON à la paix, NON à la négociation. Depuis lors, chaque fois qu’un Etat arabe a sincèrement désiré mettre un terme au conflit, Israël a réglé les contentieux territoriaux, retiré ses troupes et signé des traités de paix.

Je désire aujourd’hui emboîter le pas à Sadate d’Egypte et à Hussein de Jordanie, et conclure une paix sans ambigüité. Mais pour qu’une paix juste soit possible, la signature d’un traité ne suffira pas. Il nous faudra aussi mettre en place un processus de réconciliation. Je m’adresse à vous, peuple israélien. Je voudrais vous présenter mes excuses ainsi que celles des factions palestiniennes et de l’ensemble du monde arabo-musulman pour les souffrances que nous avons été amenés à vous infliger tout au long de ce siècle douloureux pour nos deux peuples. Pour avoir contribué à chasser vos parents et grands-parents du Moyen-Orient et du Maghreb au nom de notre rejet injustifié de l’Etat d’Israël, je vous exprime nos regrets. Pour avoir refusé à des centaines de milliers d’entre eux d’y revenir, pour avoir spolié et chassé des communautés juives depuis des temps immémoriaux. Je vous demande pardon. Pour avoir exercé des politiques discriminatoires à l’égard de la population juive dans toutes les terres d’Islam, je demande pardon. Pour avoir persécuté les juifs et autres minorités religieuses ou ethniques qui préexistaient l’arabisation du Moyen-Orient, je demande pardon.

Dans ce processus de réconciliation il sera important que les voix de toutes celles et de tous ceux qui ont souffert soient entendues, y compris les voix de mes frères palestiniens qui ont perdu des proches, innocentes victimes collatérales des armées régulières et du terrorisme, et aussi de l’aveuglement de leurs leaders qui n’ont pas eu la prescience de créer l’Etat palestinien dès 1948. Je sais que tout ce que je dis aujourd’hui ne pourra calmer la douleur de celles et ceux qui ont souffert, mais c’est à partir de là que pourront se construire des ponts entre nos peuples, que pourra se tourner la page d’un passé douloureux et qu’ensemble, nous écrirons un nouveau chapitre dans l’histoire de cette région afin d’offrir enfin à nos enfants et à nos petits-enfants la possibilité de vivre dans la paix et le respect mutuel.

Nous autres, frères palestiniens, devons maintenant réaliser avec le peuple juif la vision prophétique contenue dans la déclaration d’’indépendace de l’Etat d’Israël, qui dit: « Nous tendons la main de l’amitié, de la paix et du bon voisinage à tous les Etats qui nous entourent et à leurs peuples. Nous les invitons à coopérer avec la nation juive indépendante pour le bien commun de tous. L’Etat d’Israël est prêt à contribuer au progrès de l’ensemble du Moyen Orient. »

Critique de “Lévy oblige”, de Thierry Lévy

Thierry Lévy se demande dans quel sens il est juif, et il y répond pour se défendre d’un à-priori que son nom pourrait susciter. Afin d’écarter toute ambiguïté il précise qu’il « ne pratique aucune religion, ne respecte aucune tradition, ne fait partie d’aucun groupe, d’aucune coterie, d’aucun réseau ». Il n’autorise donc personne à parler à sa place et refuse l’embrigadement. Finalement il ressort que l’auteur  se considère comme juif uniquement dans le regard de l’autre. Il eût donc été « déportable » sous Vichy en dépit de son propre regard sur lui-même, et de son absence totale de références à la tradition juive. C’est l’optique sartrienne, dont il dit qu’elle eut un effet bienfaisant le jour où il la découvrit. Mais  c’est une  définition par défaut, comme si on ne pouvait être juif sans que le regard de l’autre nous l’apprît. Cette définition ne me concerne pas  parce qu’elle  fait l’impasse sur la réalité d’un peuple qui a des valeurs, un système de pensée, un héritage religieux et une vision du monde qu’il perpétue depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours avec une stupéfiante vitalité.

Thierry Lévy se croit obligé de se justifier d’être en dehors du judaïsme en critiquant ceux qui sont en dedans.  Il a ses idées sur le communautarisme, l’identité, la nation, la vie en société et bien d’autres choses encore. Ce ne sont pas les miennes, mais alors que je respecte sa différence, lui pense légitime de stigmatiser la double allégeance de ses concitoyens juifs, d’attaquer l’Etat d’Israël  et l’unicité de la Shoah afin de donner de la consistance à sa posture.

« Lévy oblige »  est un ouvrage clair, bien écrit et soigneusement documenté, mais c’est l’histoire de son auteur, pas la mienne ni celle des quinze millions de membres des communautés juives à travers le monde, dont six millions en Israël dont il ne partage ni la langue, ni les références ni la sensibilité. Je peux le comprendre dans une certaine mesure parce qu’à sa place, descendant d’une famille juive assimilée, convertie au catholicisme, se sentant « chez soi dans une église », je n’aurais probablement pas non plus eu la science infuse pour savoir comment fonctionne un juif « communautaire ». Reste qu’il a beau se défendre de ne pas être le Lévy que l’ont croit, ses thèses sur la disparition de l’antisémitisme sont épouvantables et glaçantes pour ceux qui se veulent porteurs du judaïsme et le vivent au quotidien.  Ses attaques contre Israël sont détestables et passent sur la judéophobie du monde comme si c’était un détail.

Thierry Levy va au-delà de son propos initial, qui est de se distancier d’une communauté à laquelle il lui arrive d’être associé malgré lui par son patronyme. Au lieu de s’en tenir à celà, il fait une attaque en règle de la communauté juive et fustige le « retour en force du conservatisme religieux », la « fièvre identitaire associée au repli communautaire » et la « la persistance de la guerre en Palestine ». Il pontifie avec une logique inflexible, aveugle et assassine, que tout les juifs devraient ressentir ces choses-là comme lui. Il est arrogant et méprisant envers une culture et une histoire dont il ignore à peu près tout malgré les miettes qu’il puise savamment dans des lectures ciblées pour la circonstance. Il prétend refuser de se laisser réduire à ses origines sous prétexte de conserver sa « complexité » plutôt que d’endosser le simplisme juif. Connaît-il, cités pêle-mêle,  Philon d’Alexandrie, Maimonide, Einstein, Freud, Kafka, Stefan Zweig, Arthur Koestler, Hannah Arendt, Heinrich Heine, Levinas, Gershwin, Benny Lévy, Disraeli, Walter Benjamin, Franz Rosenzweig,  Martin Buber, Spinoza ? Thierry Lévy est-il plus « complexe » qu’eux, qui se sentaient juifs avant de savoir s’ils l’étaient ou pas dans le regard des autres?

Il est vrai qu’un juif vivant aujourd’hui en Occident n’a pas à craindre les institutions ni les pouvoirs en place. La France est un Etat de droit, mais comment peut-on croire que c’est définitif au regard de l’Histoire, en France où ailleurs, alors qu’il y a encore des gens en vie qui ont connu le « Statut des Juifs », quand on trouvait en plein Paris des panneaux « interdit aux juifs et aux chiens»? Et comment oublier que, bien après la Shoah, L’Europe de l’Est, l’Union Soviétique et la plupart des pays arabes pratiquèrent un antisémitisme d’Etat dont on n’ose imaginer les effets si Israël n’avait été là pour accueillir des millions de juifs errants?

Si Israël disparaissait, les juifs pourraient se retrouver à la merci d’un racisme que rien n’arrête en temps de crise. Thierry Lévy croit-il comme Fukuyama, après Marx et Hegel, que l’Histoire est finie, que tout est dit sur la société humaine et qu’il n’y plus qu’à se laisser porter par la logique de la démocratie et de la modernité pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Oublie-t-il que Voltaire fut un antisémite virulent ? Le Siècle des Lumières a permis l’émancipation des juifs, mais n’a en rien diminué l’antisémitisme. Au contraire: l’émancipation l’a renforcé, parce qu’en sortant des ghettos et  en devenant des citoyens à part entière, les juifs furent perçus comme des concurrents au plan intellectuel, politique, scientifique et économique.

Avancer qu’Israël n’a pas résolu la question juive parce que la guerre y sévit est inepte. C’est oublier que la France et ses voisins n’ont eu de cesse que de guerroyer tout au long de l’Histoire avant d’arriver à une pacification relative. Qui remet en question la légitimité de la France malgré les nombreuses zones d’ombres qui entourent ses frontières, en métropole comme dans les territoires d’outre-mer ? Pourquoi l’Etat d’Israël n’aurait-il les mêmes droits? Qui défendait les juifs avant l’Etat d’Israël ? Pour un seul Zola, combien de Maurras, combien de Drumont, combien de Brasillach, combien de Céline, combien de Laval?

Le fait que la France ne soit plus antisémite ne change rien à l’intemporalité de la question juive, dont la seule solution légitime, pragmatique, pratique, praticable, pratiquée et qui sans aucun doute possible a fait ses preuves, c’est l’Etat d’Israël. Il y a une extraordinaire cécité à ne pas voir que l’assurance relative des juifs en Diaspora s’adosse à l’Etat d’Israël. Comment ne pas comprendre que chaque antisémite, qu’il soit une personne, un groupement ou  un régime sait qu’aujourd’hui l’Etat d’Israël riposte à la judéophobie sans faillir, quel que soit l’endroit de la planète où elle se manifeste.

Quand le Conseil de l’Europe chercha un maestro pour adapter « l’Ode à la Joie » en hymne européen il  ne trouva rien de mieux que de confier la tâche à Von Karajan, immense musicien mais ancien membre du parti nazi pour chanter la fraternité humaine.

Les nazis ont aujourd’hui pratiquement disparu, mais d’autres fascistes promettent à leur tour d’éliminer ceux qui s’opposent à leur vision du monde. On peut penser dans notre vieille Europe que ce fléau n’est qu’un mauvais rêve, que cela passera comme une mauvaise grippe. On peut le penser. Mais les juifs en Israël sous le feu des missiles n’ont que faire de ce que pense l’Europe, cette Europe judéophobe dont le sol n’est pas encore sec du sang juif versé dans l’indifférence la plus totale, toutes nations confondues. L’Europe et ses penchants criminels, comme dit Jean-Claude Milner dans son essai sur l’Europe malade de ses juifs; l’Europe amnésique traînant sa gueule de bois après un vingtième siècle sinistre, l’Europe titubant dans les relents des improbables noces nazies et staliniennes, l’Europe avachie qui s’ébroue, attend, et remet tout à des lendemains qui forcément déchanteront ;  non, décidément non, cette Europe-là n’a pas de leçons à donner aux juifs.

La modernité n’a rien changé à l’antisémitisme. De l’Argentine à la Russie, du Danemark à l’Afrique du Sud, dans le monde entier les institutions juives sont le théâtre d’attentats antisémites de manière récurrente. L’idée que l’antisémitisme appartient au passé et serait dû à l’ignorance et  à l’obscurantisme est fausse. Heidegger, Céline, Luther, Erasme, Maurras, Balzac, Wagner Voltaire n’étaient ni ignorants ni obscurantistes.


Translate »