Gouvernement « d’union nationale » en Israël ?

La coalisation sur le point d’accéder au pouvoir en Israël se présente comme un  gouvernement « d’union nationale ».  Mais en réalité une telle  configuration ne s’impose que dans des situations extrêmes, quand il y a danger imminent identifié  comme tel par un consensus populaire. Cela implique que les différences idéologiques soient mises de côté, de manière à en appeler à l’union sacrée et à souder ainsi le peuple face à une menace existentielle.

Mais ce n’est, à l’évidence, pas du tout le cas actuellement. 48 pourcent des suffrages exprimés (électeurs de Yamina inclus) ont directement ou indirectement plébiscité Netanyahu lors des dernières élections. Les formations coalisées contre lui justifient le reniement de leurs promesses, ainsi que de leur idéologie, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation pour sauver l’essentiel. C’est ainsi que Tikva Hadasha et Yamina renoncent à annexer la Judée-Samarie, et endossent la solution à deux Etats du conflit israélo-palestinien. Meretz et Avoda quant à eux oublient les LGBT, et n’exigent plus de mettre un terme à l’occupation de la Cisjordanie. Raam, le parti islamiste, renonce à liquider l’Etat d’Israël et enterre la cause palestinienne. Yisrael Beiteinu n’exige plus  de subordonner la citoyenneté des Arabes d’Israël à l’allégeance à l’Etat juif. La plupart des personnalités politiques qui ont rendu cette coalisation possible ont fait l’inverse absolu de ce à quoi ils s’étaient engagés. Il est vrai que cette coalition a pour point commun d’éliminer Netanyahu de la scène politique, mais la question est de savoir si cet objectif peut être qualifié de « cause nationale » alors que 53 députés sur les 120 que compte la Knesset s’y opposent.

La vérité est qu’il s’agit d’une lutte pour le pouvoir que les opposants à Netanyahu travestissent en état d’urgence, mais rien dans les faits ne justifie cette vision d’apocalypse. Tout au long de sa gouvernance, l’économie du pays s’est développée mieux qu’ailleurs dans le monde industrialisé, ce qui a valu à Israël l’admission à l’OCDE. Malgré les élections à répétition récentes, Netanyahu a su mener à bien les accords d’Abraham et amélioré de manière sans précédent les relations entre Israël et le monde arabe. Lors des récentes attaques du Hamas de nombreux pays occidentaux, traditionnellement précautionneux, ont ostensiblement soutenus Israël, et certains ont même hissé le drapeau israélien au fronton de leurs édifices publics. Concernant la pandémie, Israël a implémenté en un temps record une vaccination massive, et assuré l’approvisionnement de la totalité de la population. Aucun pays au monde ne peut en dire autant, or il ne fait aucun doute que cet exploit a été rendu possible grâce à l’opiniâtreté de Netanyahu et à ses relations personnelles à travers le monde. A cela il faut ajouter la remarquable vitesse avec laquelle le pays s’est remis en marche une fois l’épidémie jugulée. Enfin concernant l’Iran, qui constitue pour le coup une menace existentielle véritable, la manière dont Netanyahu fait face aux velléités du monde libre de pactiser avec ce régime criminel devrait servir d’exemple à l’Occident frileux.

La raison véritable de l’opposition à Netanyahu tient à une compréhensible frustration eu égard à sa manière de gouverner, qui, il faut bien l’admettre, est quelque peu autocratique. Nous avons peut-être affaire à un despote, mais dont près de la moitié d’Israël pense qu’il s’agit d’un despote éclairé. Ses opposants brandissent l’étendard de la démocratie pour le combattre, mais se servent de méthodes douteuses pour le déloger, alors qu’il jouit d’une indéniable popularité. Pour le déstabiliser ils instrumentalisent la presse, qui instrumentalise la police, qui instrumentalise la Justice, qui l’inculpe de manière à ce que ses opposants puissent  exiger qu’il se démette avant même qu’il ne soit jugé. Si l’on admet la légitimité d’un tel procédé, cela revient à laisser les juges déterminer qui peut ou ne peut pas gouverner. Malheur à une démocratie qui se laisserait mener par les juges, parce que c’est la meilleure manière de l’enterrer.

En conclusion, s’opposer à Netanyahu est certes légitime, mais parler d’urgence, de menace existentielle ou d’union nationale constitue un abus de langage indigne d’une opposition qui se respecte.

יהודי התפוצות והפוליטיקה בישראל

חוק השבות של מדינת ישראל מבטיח את זכותו של כל יהודי לעלות לישראל בכל עת, ולהפוך לאזרח לכל דבר. אחד התיקונים לחוק זה קובע כי המדינה תעשה מאמצים להבטיח את ביטחונם של בני העם היהודי הנמצאים  במצוקה או כלואים בגלל יהדותם או אזרחותם

לפני כמה שנים שלחו 400 יהודים בריטים מכתב גלוי לשגרירות ישראל בלונדון באומרם כי הם דוחים כל התייחסות  לחוק השבות. הם הצהירו כי הם אינם חשים קשורים לחוק זה, לא באופן מעשי ולא סמלי, לא לגבי עצמם ולגבי צאצאיהם, לא כעת ולא בעתיד. לכן זכותם המלאה לבקר את מדינת ישראל ואף להיות עויינים כלפיה מכוח חופש הביטוי

באשר ליהודים ברחבי העולם, הרואים את מדינת ישראל כאחראית לשלומם מכוח חוק השבות, באופן מעשי או סמלי, לגבי עצמם ולגבי צאצאיהם, כעת או בעתיד, עליהם להתאפק בהתבטאויות נגד מדינת ישראל, כאשר היא מצדה מתחייבת לקבלם בלי תנאי,  בעת שלום ובעת משבר

לפיכך, ליהודי התפוצות, המכירים  בתוקף חוק השבות כלפיהם, אך ביקורתיים לגבי מדיניות זו או אחרת של מדינת ישראל, עליהם מוטלת חובה אחת בלבד: לשתוק

La Diaspora et la politique d’Israël

La « Loi du Retour » de l’Etat d’Israël garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël à tout moment et de devenir citoyen à part entière sur simple demande. Un des amendements de cette loi stipule que « L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté ».

Il y a quelques années, 400 Juifs britanniques ont envoyé une lettre ouverte à l’Ambassade d’Israël de Londres pour lui signifier qu’ils rejetaient à titre définitif tout recours à la « Loi du Retour ». Ils ont déclaré ne pas se sentir concernés par cette loi, ni concrètement ni symboliquement, ni pour eux-mêmes ni pour leurs descendants, ni maintenant ni plus tard. Ils ont donc le droit de critiquer Israël et même de lui être hostile en vertu de la liberté d’expression.

Quant aux Juifs à travers le monde qui estiment être partie prenante de la « Loi du Retour », concrètement ou symboliquement, pour eux-mêmes ou pour leurs descendants,  maintenant ou plus tard, ils ont une obligation de réserve envers Israël, qui s’engage de son côté à accueillir les Juifs de la Diaspora en temps de paix comme en temps de crise.

C’est ainsi que ces Juifs qui tiennent à  la « Loi du Retour », mais qui sont en même temps critiques par rapport à telle ou telle politique d’Israël, ils n’ont qu’un seul devoir :  celui de se taire.

 

Présidence d’Israël et présomption d’innocence.

Reuven Rivlin, Président d’Israël, a confié la tâche de former un gouvernement à l’élu qui, conformément à l’usage, a recueilli le plus de recommandations de la part des partis siégeant à la Knesset. Mais il a assorti son annonce d’un commentaire malveillant, déplacé et indigne de sa fonction: « ce n’est pas une décision facile pour moi sur une base à la fois morale et éthique », a-t-il indiqué.

Rivlin faisait allusion à son hostilité au député en question sous prétexte qu’il était poursuivi  par la justice. Prétexte, parce qu’il s’agit en réalité d’une animosité datant d’avant les démêlés judiciaires de ce rival. Pour mémoire, les onze juges de la Cour Suprême ayant examiné la question ont estimé à l’unanimité que rien ne s’opposait à l’exercice de la fonction de premier ministre par une personne inculpée mais pas condamnée.

C’est ainsi que le Président Rivlin, premier personnage de l’Etat, se permet de fouler aux pieds la présomption d’innocence. Peut-être a-t-il oublié que pour sa part il ne s’est pas gêné  naguère de fustiger l’institution judiciaire quand lui-même était sous investigation et qu’il estimait être malmené.

Au début des années 2000,  Rivlin faisait l’objet d’une série d’enquêtes, entre autres mettant en cause sa relation avec David Appel, entrepreneur en bâtiment et soutien du Likoud. La police soupçonnait Rivlin, alors avocat et homme politique influent, d’avoir reçu des « faveurs » de cet entrepreneur, qui par ailleurs avait déjà eu maille à partir avec la justice. Une décennie plus tard l’ami de Rivlin était condamné pour corruption dans le cadre d’une autre affaire.

Au bout de plusieurs années de procédure, les sept dossiers mettant Rivlin en cause furent classés sans suite, et ceci contre l’avis de la police qui recommandait pourtant de le traduire en justice sur base de l’un de ces dossiers. En apprenant l’heureux dénouement, Rivlin a néanmoins qualifié le système judiciaire de « pervers », et s’est plaint de ce que ni  lui ni ses proches ne se remettraient jamais du temps perdu. Il a notamment accusé la police de s’être contentée de l’interroger durant  onze heures, et d’avoir ensuite mis plus de trois ans à rendre publiques ses conclusions, ce qui a donné libre cours à une campagne médiatique entachée de fausses rumeurs.

« והמבין יבין  », dit-on en hébreu , ce qui en français donne à peu près « et celui qui comprend comprendra ».

 

Le naufrage du parti travailliste d’Israël

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, défend dans un article du magazine « Regards » son point de vue à propos de la  décision du parti travailliste  Avoda  de placer Ibtisam Mara’ana en septième position sur la liste des candidats-députés en vue des élections législatives.

Mara’ana est une Israélienne arabe, réalisatrice de cinéma, enseignante, militante féministe et antisioniste. Barnavi précise qu’elle est mariée à un Juif, comme si cela devait exclure l’idée quelle pourrait être antisémite.

En 2008 Mara’ana déclarait au cours d’une interview avec un journaliste du quotidien israélien « Globes »  qu’elle aurait aimé écrire un scénario où elle imaginerait la destruction de la ville de  Zikhron Ya’akov[1] et expédierait ses habitants en Pologne. Elle ajoutait dans un même souffle que les Juifs sont un peuple lâche, cupide et dominateur.

Mara’ana est notoirement opposée à l’Etat du peuple juif tel que défini dans la Déclaration d’Indépendance d’Israël. C’est fidèle à cet esprit qu’elle estime ne pas être tenue de respecter la mémoire des soldats de Tsahal morts au champ d’honneur. En 2012 elle déclarait que quand retentit la sirène de commémoration une fois par an, et que les automobilistes sortent de leur véhicule pour se tenir debout en signe de recueillement, elle continue de rouler et dit éprouver de la jubilation à être seule à poursuivre son chemin. Barnavi estime que  Mara’ana a changé d’avis depuis, puisqu’elle invoque ces jours-ci « une erreur de prime jeunesse ». Mais comme elle avait 37 ans à cette époque cela  ne correspond pas vraiment à la notion de « prime jeunesse ». Elle était au contraire déjà une militante politique mure, et consciente de la portée de ses propos.

Barnavi affirme qu’à l’annonce de la position de Mara’ana  sur la liste du parti travailliste « la droite a aussitôt introduit une requête auprès de la Commission électorale pour lui interdire de se présenter aux élections ». Difficile de déterminer si Barnavi se trompe ou s’il induit sciemment ses lecteurs en erreur, mais le fait est que cette pétition a été déposée par la gauche, notamment  par Maozia Segal, ancien combattant  et membre du parti travailliste, ainsi que par d’autres membres qui objectent à la candidature de Mara’ana pour des raisons d’ordre éthique. C’est dans un deuxième temps seulement que d’autres demandes d’annulation ont suivi la gauche.

Je suis en faveur de la liberté d’expression dans son acception la plus large. J’estime donc que Mara’ana a le droit de détester les Juifs, les cyclistes, les chiens et les chats, et quiconque qui ne lui revient pas. Elle a aussi le droit de penser que les Juifs doivent retourner en Pologne  et que la planète se porterait mieux sans eux. Mais le scandale est ailleurs : indépendamment des opinions politiques de tout un chacun, il est indécent pour un des partis fondateurs du projet sioniste  de pousser vers la Knesset une militante opposée au principe même de l’Etat juif. Le fait que Mara’ana se soit excusée suite à la demande d’annulation de sa candidature est cousu de fil blanc et n’est pas crédible eu égard à la coïncidence avec le calendrier électoral.

Cela ne signifie pas que l’on ne puisse jamais revenir sur ses propos, ni changer d’avis, ni faire amende honorable. Chacun  a droit à l’erreur.  Mais si Mara’ana s’était excusée avant de prétendre siéger à la Knesset et avait milité de manière durable dans un parti sioniste c’eût été différent. Maintenant le fait est là : Mara’ana a réussi son coup politique, mais le parti de Ben Gourion, de Levi Eshkol, d’Itzhak Rabin, de Golda Meïr, de Moshe Dayan et de tant d’autres héros d’Israël s’est déshonoré par la même occasion.

Quant à Elie Barnavi, personnalité et intellectuel respectable, il ne devrait pas soutenir l’insoutenable au nom de l’idée qu’il se fait de la gauche israélienne. Celle-là mérite mieux qu’Ibtisam Mara’ana.

[1] Zikhron Ya’akov a été fondée au 19ème siècle par une centaine de pionniers venus de Roumanie. C’est une des premières agglomération de la mouvance sioniste.

Heureux comme Dieu en France ?

Séquence intéressante, la semaine dernière, au cours de l’émission « Les grandes gueules Moyen-Orient » sur la chaîne de télévision israélienne I24news. La journaliste Noémie Halioua y défendait le droit de vivre des Juifs en Diaspora, mais Olivier Rafowitz, colonel de réserve de Tsahal[1], estimait pour sa part qu’il n’y  avait pas de réponse possible à l’antisémitisme,  autre que celle de l’Etat juif. Selon Rafowitz les colloques et symposium en tous genres à ce propos ne sont qu’enfumage, parce que l’on ne combat pas l’antisémitisme par décret.

Abnousse Shalmani, journaliste et écrivaine qui participait également au débat, défendait quant à elle le concept de « Français d’obédience juive », ce à quoi Rafowitz rétorquait que cette fiction n’avait pas empêché l’Etat français d’envoyer les Juifs à la mort lors de la Shoah.  Mais pour Shalmani l’antisémitisme est un mal qui procède de l’ignorance, ce pourquoi il faut par exemple se battre pour que la Shoah soit enseignée à l’école.

Stanislas de Clermont-Tonnerre[2], député de Paris en 1789 se déclarait en faveur de l’accession des Juifs à la citoyenneté, mais exigeait en même temps de  « tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » En 1806 Napoléon 1er  mettait en place le « Grand Sanhedrin[3] » qui souscrivait à l’idée que les Juifs étaient des citoyens à part entière bien que de « confession mosaïque ».

Mais le réel est têtu, et contrairement au vœu de Stanislas de Clermont-Tonnerre, les Juifs constituent un peuple et non pas une « obédience » comme persiste à le penser  Shalmani.  L’identité juive n’est en rien dépendante de la pratique religieuse, pour la simple raison qu’est juif quiconque est né de mère juive, qu’il soit athée ou pratiquant. Feu le Cardinal Lustiger, catholique fervent devant l’Eternel, a toujours tenu à affirmer haut et fort qu’il restait juif en dépit de sa conversion, ce que même le Juif le plus orthodoxe ne lui contestait pas.

La modernité n’a rien changé à l’antisémitisme. De l’Argentine à la Russie, du Danemark à l’Afrique du Sud, de la Malaisie au Pakistan, du Venezuela à l’Iran, de la France à l’Amérique, dans le monde entier des institutions juives sont le théâtre d’agressions antisémites.

L’idée que l’antisémitisme serait une forme d’obscurantisme relève d’une méconnaissance de sa nature profonde. Ni Heidegger, ni Céline, ni Luther, ni Érasme, ni Maurras, ni Balzac, ni Wagner ni Proudhon n’étaient obscurantistes. La nature profonde de l’antisémitisme n’est  pas une objection au judaïsme en tant que religion, mais bien aux Juifs en tant que peuple. Il y avait une anomalie jusqu’en 1948 à ce que ce peuple n’ait pas d’Etat qui en soit le garant. Maintenant c’est chose faite.

[1] Armée de défense d’Israël.  Olivier Rafowitz est aussi ancien porte-parole de Tsahal.

[2] Comte de Clermont-Tonnerre, mort assassiné en 1792, officier et homme politique français, partisan d’une monarchie constitutionnelle.

[3] Cour suprême juive créée le 10 décembre 18061 comprenant soixante-et-onze rabbins et notables.

Le plan de paix Trump

Le « plan Trump » consiste à acter que la ligne d’armistice de 1949 ne peut en aucun cas être considérée comme une frontière d’Israël, et qu’un éventuel Etat palestinien ne pourra disposer ni d’une armée, ni du contrôle de ses frontières, ni de son espace aérien aussi longtemps que le leadership palestinien sera déterminé à détruire Israël.

Il ne reste pour Israël qu’à prendre des mesures unilatérales, or c’est cela que les Etats-Unis ont compris. On peut penser ce que l’on veut de la coiffure du Président Trump, mais depuis qu’il est au pouvoir il a fait un sans-faute en ce qui concerne Israël.

La région d’Israël surnommée « le Petit Triangle » est peuplé de 260.000 arabes israéliens. Ceux-ci sont majoritairement hostiles à Israël en tant qu’Etat sioniste. Ils possèdent leur système d’éducation en langue arabe, sont solidaires des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, refusent de faire le service militaire tout comme le service civil, arborent le drapeau palestinien à toute occasion, ne respectent pas l’hymne national israélien, soutiennent la création d’un Etat palestinien et commémorent l’indépendance d’Israël sous le signe du deuil.

Mais en apprenant que le « plan Trump » prévoyait d’inclure « le petit triangle » dans la future Palestine et de commuer leur citoyenneté israélienne en citoyenneté palestinienne, ils ont été pris d’une rage folle et ont manifesté pour clamer qu’en aucun cas ils ne voulaient pour eux de cette Palestine qui semblait pourtant jusqu’à la semaine dernière incarner leur rêve le plus fou.

Le grand-Rabbin de France et la loi Avia

Haïm Korsia, grand rabbin de France, exprime dans un article paru dans « Times of Israel » sa déception de ce que la loi proposée par la députée Laetitia Avia contre les dérapages des réseaux sociaux ait été recalée par le Conseil Constitutionnel. Il estime que la violence des échanges sur Internet « a atteint des paroxysmes et des surenchères intolérables ».

Pour mémoire, ce projet de loi faisait obligation aux opérateurs des réseaux sociaux de retirer sous vingt-quatre heures tout propos haineux. Au cas où cette loi aurait été adoptée il n’aurait donc plus été nécessaire de porter l’affaire devant les tribunaux. Les opérateurs devenaient juges en la matière et pouvaient retirer de tels propos à leur seule discrétion.

Quand l’on fait observer à Korsia qu’il n’existe pas de définition de « propos haineux », il objecte que c’est « indéfinissable comme la beauté ou le charme, que l’on reconnaît pourtant immanquablement et sous les cultures les plus différentes, quand on y est exposé. A-t-on besoin d’une définition juridique et universelle de la beauté ? »

Cette explication venant d’un homme pourtant cultivé est d’un obscurantisme confondant. Il va donc de soi pour Korsia que ce qui est beau, charmant ou haineux fait l’objet d’un consensus tellement universel qu’il serait vain d’en discuter. L’on comprend que dans ces conditions il estime que n’importe quel réseau social est compétent pour trancher en la matière.

Mais quand bien même il serait possible de se mettre d’accord sur ce que sont des propos haineux, au nom de quoi justifierait-on de les retirer ? Depuis quand est-il interdit de haïr ? Quelqu’un qui publierait par exemple une phrase du genre « je hais Hitler » devrait-il être censuré ?

Korsia s’insurge par ailleurs contre ce qu’il dénonce comme un « double standard », qui fait que le racisme et l’antisémitisme en ligne ne jouirait pas « de la même attention et détermination que la pédopornographie ou l’apologie du terrorisme ». C’est évidemment une contrevérité, parce que le racisme et l’antisémitisme – en ligne ou ailleurs – tout comme la pédopornographie et l’apologie du terrorisme, constituent des infractions pénales, donc nul besoin de Loi Avia.

Korsia est un homme respectable, mais ses idées ne sont pas toujours lumineuses. En 2004, il a voulu inviter l’antisémite Dieudonné à Auschwitz, mais il en a été dissuadé par Joseph Sitruk, grand-rabbin de France à l’époque. Maintenant Korsia veut s’attaquer à liberté d’expression, ce qui ne laisse pas de surprendre chez ce guide spirituel qui se veut pourtant moderne.

Jean Daniel et le Coronavirus

Jean Daniel, fondateur du « Nouvel Observateur », écrivain, journaliste et intellectuel notoire, est décédé à l’âge de 99 ans. Ce bel esprit d’origine juive avait choisi de se distancier de sa judéité.  Comme beaucoup de Juifs honteux, la haine de soi l’avait rendu plus critique vis-à-vis d’Israël que du reste du monde. Au fil du temps cette détestation avait fini par infecter sa plume pour tout ce qui tournait autour du conflit israélo-arabe. Dans son ouvrage « La Prison Juive » il en arrive à conclure que les Juifs sont les artisans de leur propre malheur tellement ils sont captifs de leur délire messianique.

Jean Daniel n’est plus de ce monde, ce qui fait que l’on ne saura malheureusement jamais s’il estimait que le Coronavirus c’est la faute aux Juifs, aux Chinois ou aux cyclistes.

Marxisme, postmodernisme, même combat

Le marxisme repose sur l’idée que le malheur du monde vient de l’exploitation de l’homme par l’homme, autrement dit de la domination des uns sur les autres. Marx écrit dans un de ses ouvrages[1]  que  «  Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus d’ensemble de la vie sociale, politique et spirituelle ». Cette proposition a été conceptualisée plus tard sous forme de dogme marxiste qui pose que « l’infrastructure économique conditionne la superstructure idéologique ».    Cela signifie que le pouvoir des dominants n’existe que par la grâce des dominés, et que la division de la société en classes n’est donc pas une fatalité. La Boétie[2] était déjà d’avis que « le maître n’a que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. [3]» Vu sous cet angle ce n’est pas le maître qui fait l’esclave, mais c’est au  contraire l’esclave qui permet au maître de le dominer. Mais l’esclave peut briser ses chaînes à conditions de prendre conscience de sa classe, et de la force de sa classe. L’objectif est donc de bâtir une civilisation planétaire  où tous les hommes sont égaux en leur qualité de citoyens du monde et de mettre fin à la domination universelle des uns sur les autres.

Le marxisme pose que le capitaliste ne travaille pas, mais qu’il laisse le capital « travailler » à sa   place. Cet euphémisme  signifie en réalité que ce n’est pas le capital qui travaille, mais les travailleurs. Quand quelqu’un possède un capital,  sous quelque forme que ce soit, il en tire un revenu. Se pose alors la question de savoir ce que fait cette personne pour mériter ce revenu. La réponse marxiste est : rien. Le capitalisme est donc un parasitisme du dominant sur le dominé.

Les travailleurs travaillent et les riches s’enrichissent. Les pauvres quant à eux deviennent encore plus pauvres, parce que la production se fait  sans tenir compte de leurs besoins réels. Le caractère non planifié et erratique de l’économie capitaliste entraîne à la fois une surproduction et une pénurie. Surproduction parce que la production suit la loi du marché, et pénurie parce que les produits qui ne sont pas rentables en termes économiques sont négligés. Les petites entreprises disparaissent au bénéfice des grandes, et au bout d’un certain temps la totalité du pouvoir tombe dans les mains d’une infime minorité.  Cela entraine une paupérisation des masses laborieuses, qui tôt ou tard finissent par se soulever. C’est ainsi qu’en engendrant son contraire, le capitalisme s’autodétruit inéluctablement. Mais cet épilogue peut être accéléré au moyen d’une prise de conscience du prolétariat.   De là l’explicit  du « Manifeste du Parti Communiste[4] » : Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! , qui est aussi l’épitaphe qui figure sur la tombe de Karl Marx.

Mais la réalité historique du 20ème siècle démontre l’inverse de ce qu’avait théorisé Marx. Non seulement aucune de ses prédictions ne s’est réalisée, mais ce qui s’est produit en est le contraire absolu. Il est vrai que les riches sont devenus plus riches, mais les pauvres ont suivi, et sont devenus moins pauvres. Les classes moyennes n’ont pas disparu, mais ont au contraire prospéré. Le sous-prolétariat s’est transformé en citoyens ayant accès à la société de consommation et à des biens auxquels les masses populaires du monde communiste n’ont jamais pu faire autre chose qu’en  rêver. C’est donc paradoxalement le capitalisme, sytème réputé inégalitaire, qui a finit par réduire les inégalités dans notre civilisation occidentale.

Le capitalisme  a enrichi  la société toute entière et à contribué à son bien-être, notamment grâce aux progrès de la science. L’augmentation de la productivité a profité à la fois aux capitalistes et aux travailleurs en créant les moyens de satisfaire les revendications sociales. Le libéralisme a été cruel pour les entreprises obsolètes, mais a encouragé celles qui faisaient preuve de créativité, ce qui en définitive a correspondu au bien commun. On ne discerne plus de velléité révolutionnaire ailleurs que dans les salons bien-pensants de l’intelligentsia bourgeoise. La classe ouvrière du monde occidental n’est pas intéressée par un changement de régime socioéconomique, ni disposée à livrer ses capacités de production à l’État. Elle aspire au contraire à subvenir à ses besoins dans le cadre même du capitalisme.

Dès les années 1950 les marxistes ont commencé à douter de l’infaillibilité du communisme, parce qu’il était devenu manifeste que celui-ci s’était rendu coupable de crimes d’une ampleur sans précédent. L’implacabilité de ces faits a déclenché une remise en question profonde chez les théoriciens du marxisme, qui se sont vus obligés de se renouveler face à l’échec patent du monde communiste. Il n’était plus possible de soutenir que ces régimes étaient performants au plan économique, mais ce qui était plus grave encore était qu’il n’était plus possible non plus de soutenir que le communisme était éthique. L’intelligentsia marxiste  avait bien commencé par admettre que l’URSS et ses satellites avaient échoué en matière économique, mais pas au plan moral. Mais ce mythe s’est effondré à son tour lors de la révélation des crimes staliniens, et d’une manière générale face à la nature fasciste avérée du monde communiste tout entier.  Des peuples entiers ont été torturés, opprimés ou détruits au nom d’un système politique qui s’était pourtant assigné la mission d’être le plus humain, le plus juste et le plus social de tous les temps.

Mais l’intelligentsia marxiste n’a  pas voulu se résigner à abandonner son idéologie malgré la débâcle communiste, considérée par elle comme une application dévoyée du projet marxiste. C’est alors qu’est advenue une mutation sous la forme du postmodernisme[5], qui est en fait un avatar du marxisme en tant que doctrine de l’égalité à tout crin et par tous les moyens, y compris violents.

Le postmodernisme repose sur le même dogme que le marxisme, à savoir que l’histoire des hommes n’est rien d’autre qu’une histoire de domination. Mais contrairement au rouleau compresseur marxiste, la postmodernité n’exige plus de Pensée Unique ni de Parti Unique, mais laisse au contraire libre cours à toutes les visions du monde sans y opposer le moindre jugement critique. En pratique cela consiste surtout à tenir un discours victimaire eu égard à l’Histoire de la colonisation et à supprimer la liberté d’expression. Comme le Lumpenprolétariat du 19ème siècle a disparu en Occident, les marxistes se sont tournés vers les immigrants venus du monde arabo-musulman et ont créé à leur intention un avatar connu aujourd’hui sous le nom d’islamogauchisme, concept hybride pour les besoins de la cause.

L’islamogauchisme[6] est donc l’une des déclinaisons du postmodernisme. Pour Raphaël Enthoven[7] « le bras armé du dogmatisme c’est le relativisme. Il n’y pas de meilleure façon pour faire passer une opinion pour une (la) vérité (ce qu’on appelle le dogmatisme) que celui qui consiste à dire que toutes les opinions se valent et qu’elles ont un égal droit de cité. A l’origine de ce syncrétisme hideux qu’est l’islamogauchisme, il y a l’idée que – paradoxalement – plus on est relativiste, plus on laisse passer l’opinion la moins relativiste qui soit et la plus dogmatique qui soit.[8] » 

Caroline Fourest [9] estime que l’islamogauchisme « est la maladie infantile qui au nom du progressisme tend à prendre les islamistes, y compris les plus réactionnaires, y compris les plus totalitaires, pour les nouveaux damnés de la terre. Lorsque des groupes qui se revendiquent de la religion à des fins clairement patriarcales, sexistes, homophobes,  antisémites et totalitaires testent la république et ne rencontrent plus aucune résistance d’une  certaine gauche laïque, il y a une partie de la gauche qui manque dans ce barrage. Ce qui est inquiétant, c’est la question de savoir pourquoi une partie du barrage s’est effondré[10]. »

Dans une de ses interventions télévisées[11] récentes le politologue Eric Zemmour explique que « chacun est désormais enfermé dans sa race, dans son ethnie, dans son origine et dispose à lui seul du droit de parler de lui-même ou des siens. De là la théorie de la déconstruction qui pose que toute structure traditionnelle telle que la patrie, la religion, la nation et l’Histoire doit être déconstruite pour examiner sur quoi elle repose. Tout n’étant qu’objet de construction tout doit être déconstruit, et ensuite détruit. De là par exemple la théorie du genre, en vertu de laquelle un homme n’est pas un homme et une femme n’est pas une femme. Cette différenciation n’a du point de vue postmoderne rien de biologique, mais est une construction culturelle qui n’a pour fonction que de légitimer la domination du patriarcat ».  De là les dérives néoféministes, décoloniales et racialistes qui prospèrent ces  temps-ci.

La stratégie postmoderne consiste à recourir au scepticisme philosophique comme mode de pensée, avec pour objectif de remettre en question l’humanisme du Siècle des Lumières. Jordan Peterson[12] relève à ce propos que « beaucoup de gens ne comprennent pas que le postmodernisme est un assaut contre tout ce qui a été acquis depuis les Lumières : le rationalisme, l’empirisme, la science, la clarté d’esprit, le dialogue, la notion d’individu. La postmodernité est bien plus qu’une remise en question ;  ce n’est pas de cela qu’il s’agit.  Il s’agit de tout détruire ; c’est cela, l’objectif. »

Pascal Bruckner[13] écrit dans son essai « Un coupable presque parfait » que « ce sont les États-Unis qui nous renvoient une autre peste : la tribalisation du monde, l’obsession raciale, le cauchemar identitaire. Mais c’est une peste à laquelle nous, Français, avons largement contribué dans les années 1970 en exportant outre-Atlantique nos philosophes les plus en pointe [Foucault, Derrida] dans la démolition de l’humanisme et des Lumières. Nous avons fourni le virus, ils nous renvoient la maladie. Le boomerang est anglo-saxon, la main qui l’a lancé est française. L’Amérique a toujours allié le plus grand pouvoir de séduction au plus grand pouvoir de répulsion. Si elle préfigure l’avenir du monde occidental, le nôtre est sombre. Et le sien plus encore. Contrairement aux espérances de 1989, ce ne sont pas la raison et encore moins la modération qui l’a emporté après la chute du Mur [de Berlin]. Une autre idéologie a remplacé les promesses de salut portées par le socialisme réel pour recommencer la bataille sur de nouvelles bases : la race, le genre, l’identité. Pour trois discours, néoféministe, antiraciste, décolonial, le coupable désormais est l’homme blanc, réduit à sa couleur de peau.[14] »

Tous les penseurs postmodernes sans exception on été communistes ou du moins marxistes. Certains  ont soutenu des régimes criminels comme la Chine de Mao ou le Cambodge de Pol  Pot. Michel Foucault[15] fut emballé par la  « Révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny, dont il estimait que c’était « l’insurrection d’hommes aux mains nues qui veulent soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous [16]».

Il est vrai que Friedrich Nietzsche[17] est  considéré comme l’une des sources de la pensée postmoderne, mais son œuvre est une philosophie de l’existence et non pas une philosophie politique. La récupération faite par le postmodernisme relève donc d’une escroquerie intellectuelle.   Nietzsche est l’un des premiers penseurs à avoir mis en garde contre la modernité, la science, la raison, les idéologies et la religion, mais pas dans le but de changer le monde.   Il est avant tout un psychologue qui enseigne que l’homme doit déployer son être dans ce qu’il a de plus profond, et qu’il n’a pas à se soumettre à des valeurs décrétées par autrui. Chaque individu doit créer ses propres valeurs, et c’est ainsi qu’il peut devenir Surhomme[18]. Au lieu d’aspirer à changer le monde, l’homme doit réfléchir sur ce que le monde a fait de lui, et aspirer à devenir non seulement soi-même, mais quelque chose de plus que soi-même.

« Améliorer l’humanité serait la dernière des choses que j’irais jamais promettre. Je n’érige pas de nouvelles « idoles ». Les renverser (et j’appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonges… L’idéal n’a cessé de mentir en jetant l’anathème sur la réalité, et l’humanité elle-même, pénétrée de ce mensonge jusqu’aux moelles, s’en est trouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu’à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l’avenir, le droit suprême au lendemain[19]. »

Le philosophe Michel Onfray[20] précise que « Ainsi parla Zarathoustra[21] »  de Nietzsche est un « poème apolitique et amoral, toute lecture politique ou morale de cet ouvrage est fautive. Il y a là une proposition de sagesse existentielle qui n’est ni éthique ni morale mais ontologique.  La vérité de l’être pour Nietzsche c’est la volonté de puissance. La grande leçon de Zarathoustra c’est que le réel n’est rien d’autre que la volonté de puissance. Il faut donc réfléchir aux conséquences de cette vérité nietzschéenne.[22] »

Le postmodernisme est une remise en question des Lumières et introduit le subjectivisme épistémologique dans l’histoire de la pensée. Tous les métarécits sont suspects pour les penseurs postmodernes. Même quand ces métarécits semblent inoffensifs ils légitiment le pouvoir, et conduisent à la domination des uns sur les autres. La pensée postmoderne postule l’égalité absolue de tous et exclut toute hiérarchie. Elle prend acte de l’indépassable altérité des individus et interdit tout jugement de valeur. Seul compte le ressenti de chacun, chaque personne étant le produit d’une généalogie à nulle autre pareille. Mais comme la pensée postmoderne mène de la déconstruction à la destruction, elle mène aussi du ressenti au ressentiment. C’est donc la fin de toute norme, de toute hiérarchie, de toute civilisation, de toute culture et de la notion  même d’Etat souverain.

Alors que la modernité décrétait le règne de la raison, celle-ci n’est dans la pensée postmoderne qu’une illusion qui finit par justifier l’injustifiable. Des monstres comme Hitler, Staline ou Pol Pot ne sont donc pas des ennemis de la modernité du point de vue postmoderne, mais en sont au contraire l’aboutissement logique et tragique.

La diversité  des êtres humains crée une tension, or la démarche postmoderne consiste à la résoudre en écartant toute échelle de valeur. Etant donné qu’il est impossible de démontrer qu’une vision du monde est supérieure à une autre, à chacun de revendiquer la sienne. Le postmodernisme s’interdit de contester tout particularisme culturel ou individuel. Chaque être humain à non seulement droit à l’étrangeté, mais est invité à la revendiquer haut et fort.

Le postmodernisme postule que tout ce qu’il y a de détestable dans la condition humaines relève de la domination. Toute organisation sociale ayant tendance à produire des hiérarchies, c’est la porte ouverte aux abus. Les postmodernes prônent l’égalité, mais déclarent en même temps que les hommes sont prisonniers de leurs prédicats ethnocentriques. Mais si l’on pose que toute vérité est relative, et qu’en même temps que cette assertion est vraie, alors il y a là une impasse logique : si toutes les cultures se valent on ne comprend pas en quoi la civilisation occidentale serait moins respectable que les autres, or c’est néanmoins l’un des principaux postulats postmodernes, qui décrète que cette civilisation est fondée sur le patriarcat, donc sur l’inégalité, donc sur la domination.

Pour la pensée postmoderne l’homme occidental doit respecter les autres cultures, même quand ce n’est pas réciproque. Il s’ensuit que le monde occidental doit tolérer l’intolérance, et l’on assiste à ce paradoxe qui fait que les postmodernes exigent l’égalité entre femmes et hommes, mais revendiquent en même temps le droit oxymorique des femmes d’être soumises. Il s’agit d’une acrobatie intellectuelle consistant par exemple à présenter le voile islamique comme une expression de la liberté de la femme et non de son assujettissement.

Le postmodernisme refuse d’appréhender l’individu comme étant doué d’autonomie mentale. Tout homme est déterminé par sa communauté, sa culture et son histoire, ce qui permet à  Michel Foucault[23] de décréter la « mort de l’homme », en écho et à celle de Dieu par Nietzsche[24].  Pour Foucault « l’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine [25]». Il n’existe donc en réalité pas d’anthropologie  universelle dans la pensée postmoderne. C’est ainsi que pour Foucault la folie, la maladie ou la sexualité ne sont que des constructions sociales, n’existent que dans l’imaginaire, l’individu n’étant que le produit d’un monde structuré et structurant. Mais si l’homme n’est jamais que le produit de sa généalogie, on ne voit pas en quoi celui-là même qui le postule échapperait à sa propre règle, ce qui fait que la pensée postmoderne est en réalité un délire tautologique.

[1] « Contribution à la critique de l’économie politique »

[2] Ecrivain humaniste et poète français du 16ème siècle

[3] Discours de la servitude volontaire.

[4] Publié en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels.

[5] Ce terme est employé ici dans l’acception anglo-saxonne, qui désigne la philosophie postmoderne et non l’art postmoderne

[6] Néologisme de  l’historien Pierre-André Taguieff dans son ouvrage « La Nouvelle Judéophobie ».

[7] Philosophe et essayiste français.

[8] Film documentaire d’Yves Azeroual sur l’islamo-gauchisme.

[9] Journaliste, essayiste, réalisatrice et militante féministe française.

[10] Film documentaire d’Yves Azeroual sur l’islamo-gauchisme

[11] Cnews, émission « Face à l’Info » du 08/02/2021.

[12] Psychologue clinicien et intellectuel canadien, professeur de psychologie à l’Université de Toronto.

[13] Romancier et essayiste français.

[14] (« Un coupable presque parfait », Pascal Bruckner, 2021, Editions Grasset

[15] Philosophe français mort en 1984. Référence majeure de la pensée postmoderne.

[16] « Dits et écrits, tome 2,  Gallimard, 2001.

[17] Philologue, philosophe, poète  allemand mort en 1900.

[18] Concept nietzschéen consistant pour l’homme à se dépasser pour échapper au nihilisme.

[19] Nietzsche, « Crépuscule des idoles »

[20] Philosophe, écrivain et essayiste français.

[21] Poème philosophique de Nietzsche.

[22] Michel Onfray à propos du roman « Zarathoustra » de  Nietzsche:

[23] Philosophe français décédé en 1984, associé à la philosophie postmoderne.

[24] Nietzsche proclame la morte de Dieu dans plusieurs de ses ouvrages, dont « Le Gai Savoir »

[25]  « Les Mots et les choses », Editions Gallimard, 1990