La femme selon Sainte-Postmoderna

Nathalie Lahav est une thérapeute israélienne de 36 ans spécialisée dans le développement personnel et la vie sexuelle. En plus de recevoir des gens en consultation elle publie ses réflexions sur Internet.

Dans une de ses vidéos elle explique ce que, d’après elle, représentent les rapports sexuels dans la psyché féminine. Le  titre en est « Pourquoi les femmes veulent-elles vraiment avoir des rapports sexuels ? » L’adverbe « vraiment » a de quoi surprendre, mais est explicité au fil de la causerie.  

Nathalie s’emploie à déconstruire ce qui motive les femmes. Elle mêle son expérience personnelle à son activité de thérapeute, et en dégage une synthèse pour mettre en évidence un dénominateur commun. Elle estime que ce n’est pas prioritairement le  désir qui pousse les femmes à passer à l’acte, étant donné que, d’après elle, il n’y en a que peu qui sont l’objet d’une pulsion comparable à celle que l’on prête généralement aux hommes. Quand elles le font  malgré tout, c’est, d’après Nathalie, littéralement parce quelle veulent « faire l’amour ».  Elles  aspireraient donc avant tout à être aimées, observées, désirées, adulées et valorisées, etc…, y compris au travers et pendant les rapports sexuels. Nathalie avance qu’en ce qui la concerne en tous cas il ne lui est pratiquement jamais arrivé d’avoir de rapports sans connotation affective.

Elle regrette que l’écart entre la pulsion masculine et féminine soit source de malentendus. Une femme peut, par exemple, s’attendre à ce que l’homme avec qui elle a eu des rapports la veille l’appelle dès le lendemain, alors que lui n’y pense même plus. Elle raconte qu’elle-même n’a découvert que récemment qu’un homme dont elle était amoureuse aimait les corps-à-corps précisément parce qu’il ne se sentait pas engagé, qu’il ne lui devait rien, et qu’il était content de satisfaire sa libido dans ces conditions. Il croyait d’ailleurs qu’elle de son côté éprouvait quelque chose d’analogue, mais ce n’était pas le cas, parce qu’en réalité elle se vivait comme une jeune fille aspirant à l’amour. Il faut donc comprendre de cette histoire que Nathalie était  comblée sur le plan sexuel parce qu’elle était amoureuse,  et que son partenaire était comblé parce qu’il ne l’était pas.

Nathalie admet qu’il arrive que  certaines femmes fassent preuve de duplicité en amour. Elle met en garde les hommes qui pourraient avoir l’impression que ces femmes fonctionnent comme eux-mêmes, mais même si c’est ce qu’elles laissent entendre, il ne faut pas les prendre au mot.

Nathalie répète à satiété que les femmes recherchent l’amour au delà  (et parfois même en dépit, à mon avis)  de l’acte sexuel.  Elle estime que même chez la femme la plus délurée, la plus ouverte et apparemment la plus libérée, sommeille une fille qui ne veut rien d’autre que se sentir aimée. Il apparaît donc selon cette conception que les rapports sexuels ne seraient pour beaucoup de femmes qu’un moyen, et non pas une fin à l’instar de beaucoup d’hommes.

D’une étude réalisée par  « Le Figaro »  en 2018 il ressort que la moitié des femmes interrogées disent avoir du mal à parvenir à l’orgasme, alors que chez les hommes ce n’est que rarement un problème, sauf pathologie manifeste.

Le comportement féminin tel qu’analysé par Nathalie peut être interprété comme une régression au stade de la petite fille qui ne distingue pas l’affectif du sexuel, or c’est ce qui pourrait expliquer la disparité fonctionnelle entre femmes et hommes.

Mais comme les hommes dissocient couramment sexualité et sentiments, Nathalie estime au contraire que ce sont eux qui souffrent d’une régression vers une sorte d’égocentrisme infantile.  Elle pense donc qu’ils devraient être rééduqués de manière à adopter le modèle féminin, qui d’après elle est le plus accompli et devrait être la norme.

Ce déni de l’altérité ontologique des sexes l’un par rapport à l’autre est l’incarnation néoféministe du subjectivisme postmoderne qui privilégie le ressenti au détriment du réel, alors qu’en vérité ce ressenti n’est au fond que du ressentiment.  Il ne s’agit donc plus comme pour le féminisme d’antan d’aspirer à l’égalité des sexes, mais au contraire d’imposer une inégalité nouvelle en inversant les rôles.

Une revanche, en somme.

La bonne action

S. était une pakistanaise qui avait un permis de séjour mais qui ne travaillait pas chez l’hôtelier qui l’avait fait venir en Israël. Au lieu de cela elle faisait des ménages parce que c’était mieux payé quoiqu’illégal. Cette femme de 42 ans était mince et menue mais douée d’une capacité de travail impressionnante. Elle était agréable souriante ponctuelle fiable silencieuse et discrète.

Cela faisait sept ans qu’elle s’occupait de mon ménage. Un jour je la  surprends en pleurs alors qu’elle est au téléphone avec le Pakistan où vivent ses enfants sa mère et son frère.  Une fois qu’elle raccroche je lui demande ce qui ne va pas. Elle m’ouvre son cœur et me raconte que sa famille lui reproche de ne pas lui envoyer assez d’argent. Elle travaille pourtant 10 heures par jour tous les jours sans exception ne prend jamais de vacances et n’a pas un sou vaillant justement parce qu’elle envoie tout ce qu’elle gagne à sa famille . Elle n’a pas de compagnon pas de loisirs pas de plaisirs. Elle s’effondre de fatigue le soir en rentrant du travail pour passer la nuit dans le misérable réduit qui lui sert de gîte.  Elle n’a d’autre projet que de survivre bien qu’elle n’aime pas la vie. 

Ma voiture ayant tendance à se colleter avec les colonnes en béton dans les parkings je l’emmène un jour chez le carrossier pour la faire débosseler.  La veille où je dois en reprendre possession je vais chercher des espèces dans un distributeur de billets pour payer le carrossier. Celui-ci me fait remarquer que le compte n’y est pas. Je me dis que je dois avoir perdu des billets en cours de route.  Rentré chez moi je réapprovisionne en liquide le tiroir où j’ai l’habitude de le déposer.

La semaine d’après j’ai l’impression que ma réserve de billets de banque a diminué. Je décide de faire un test. Je compte les billets et les photographie dans l’ordre où ils sont dans le tiroir.  Je m’en vais ensuite à la plage comme j’ai l’habitude de le faire quand S fait le ménage. Quand je reviens je recompte l’argent. Il manque cinq coupures. Je suis troublé mais ne dis rien en me disant que S doit avoir pallié à une urgence en rapport avec sa famille. 

Quelques jours plus tard j’appelle S pour l’informer que j’ai passé contrat avec une société de nettoyage qui désormais prendra soin de mon appartement. Je lui dis que je ne peux plus l’employer parce qu’elle est en situation illégale et qu’elle n’est pas assurée. Elle est tétanisée et ne réagit pas.  Le lendemain elle me rappelle pour demander à me voir. Quelques jours plus tard nous avons une entrevue. Elle me demande la vraie raison de son renvoi.  Avant que je n’aie le temps de répondre elle me jure qu’elle me rendra le câble d’électricité qu’elle s’est approprié sans me demander. Je lui que dis que j’ignorais ce détail et que ce que j’ai à lui reprocher n’est pas de cet ordre. Elle me demande si c’est plus grave.  Je lui dis que c’est grave mais que ce n’est pas grave. Elle insiste.  Je lui dis que que je sais qu’elle a volé de l’argent de mon tiroir mais que je l’ai laissée faire parce que je pensais qu’elle avait un problème à résoudre et qu’elle s’arrêterait ensuite. Mais ça n’a pas été le cas. Elle avoue et sanglote sans discontinuer. Entre deux hoquets elle me supplie de ne pas porter plainte parce qu’elle craint d’être expulsée du pays. Je lui dis que je n’en ferai rien mais qu’elle doit me promettre qu’elle ne récidivera pas chez d’autres employeurs.  Je la console en lui disant que je la comprends parce que moi aussi j’ai connu la misère. Rassérénée elle me dit « you are a good man » et s’éclipse. Je me sens comme l’Evêque de Dignes dans « Les Misérables » quand il déclare que l’argenterie trouvée par la police dans les affaires de Jean Valjean est un cadeau qu’il lui a fait. Deux jours plus tard j’apprends que S a été trouvée pendue dans sa cage d’escalier.  

Le journal Haaretz et la liberté d’expression

Jordan Peterson est un psychologue clinicien, actuellement professeur à l’Université de Toronto après avoir enseigné à Harvard. Cet intellectuel a une notoriété mondiale pour ses travaux sur la postmodernité, qu’il définit comme avatar du marxisme.

Le journal Haaretz publie un article de l’historien suédois Mikael Nilsson, qui comme certains intellectuels de gauche mais de tradition chrétienne aiment les Juifs surtout quand ils sont morts. C’est sans doute dû à cette charmante inclination que Nilsson qualifie Peterson de révisionniste, d’antisémite et d’admirateur d’Hitler.

Il conteste l’analyse de Peterson du nazisme, parce que d’après lui on ne peut rien en dire d’autre que de l’attribuer au Mal Absolu. Tout historien normalement constitué sait pourtant qu’après la défaite de l’Allemagne en 1918 le Traité de Versailles lui a imposé des conditions extrêmes et humiliantes, provoquant une crise économique et un ressentiment durable dans les couches populaires, ouvrant la voie au fascisme.

Mais la mauvaise foi et la violence inouïe de Nilsson n’est pas due à un désaccord entre universitaires sur un point d’Histoire. Il s’agit d’autre chose. Refuser tout débat concernant l’origine des crimes nazis escamote du même coup celui des crimes communistes. L’explication en est que pour Nilsson, comme pour beaucoup d’incurables marxistes, la différence entre nazisme et communisme réside dans l’intention, et non pas dans les faits.

Il est vrai que les faits sont toujours dérangeants pour les idéologues. Comme dit le philosophe Michel Onfray, quand l’idéologie ne coïncide pas avec le réel, c’est le réel qui a tort. Il semble donc que les millions de victimes de la folie meurtrière du communisme ne sont pour Nilsson qu’un détail de l’Histoire, comme dirait l’autre.

Un des thèmes qu’étudie Peterson consiste à se poser la question de savoir pourquoi l’on enseigne si parcimonieusement dans le monde académique ce que fut la monstruosité du communisme tout au long du vingtième siècle. La politologue Hannah Arendt avait pourtant mis en lumière dès les années 1950 l’équivalence entre fascisme et communisme. Cela avait causé une vive polémique, dont Nilsson prend le relais aujourd’hui. Pour lui les crimes communistes ont un sens. Celui de l’Histoire.

C’est ce même délire qui donne aujourd’hui bonne conscience à la gauche extrême qui entend ressusciter le communisme sous forme postmoderne.

Ce genre d’article justifie la liberté d’expression. Si on l’interdisait on ne saurait pas que Haaretz en arrive à publier un texte à mon avis indigne, eu égard au rang de ce journal dans le monde de la presse.

Climat

A propos du réchauffement de la planète, ou du « dérèglement climatique » selon une formulation plus elliptique, moi aussi je préfère un environnement propre plutôt qu’un environnement sale, un air pur plutôt qu’un air pollué, etc…, mais il m’apparaît que certains courants écologiques ont pris une tournure religieuse, or quand la religion se mêle de science cela finit toujours mal. En URSS déjà il y avait une « bonne » et une « mauvaise » science.

Et comme par hasard une frange non-négligeable du mouvement écologiste international est antisémite et proche de l’extrême gauche (expression pléonastique). Sans oublier que ces gens qui trouvent qu’il faut respecter la planète ne respectent pas Israël, frayent avec ses pires ennemis et soutiennent le BDS.

Il appartient à la science le soin de déterminer, dans la mesure du possible, ce qui est susceptible d’arriver à notre planète et d’en discerner les causes, et laisser ensuite la politique sonder les cœurs. J’ai bien aimé cet aphorisme des « gilets jaunes » : « Les élites parlent de fin du monde quand nous parlons de fin du mois ».

Pour ma part en tous cas je ne suis pas disposé à sacrifier la moindre génération vivante au nom de générations qui ne le sont pas encore. Ce genre de raisonnement à fait couler suffisamment de sang pour qu’on s’en abstienne désormais.

Sarah Halimi ou la justice post-moderne

Sarah Halimi est une femme juive de soixante-cinq ans décédée en avril 2017 après avoir été rouée de coups et défenestrée. L’assassin est son voisin Kobili Traoré, jeune multi-récidiviste 20 fois condamné pour violence aggravée ou autres méfaits, mais jamais considéré comme irresponsable.

La cour d’appel de Paris a néanmoins conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. Il ne sera donc pas jugé et devrait sous peu être libéré de son internement en milieu psychiatrique, étant donné qu’il ne souffre de troubles mentaux que lorsqu’il est saisi de pulsions le poussant à casser du juif au nom de l’islam.

Comment cela est-il possible ?

La nouvelle épidémie qui sévit dans une certaine intelligentsia, une certaine presse et une certaine magistrature s’appelle la pensée postmoderne. C’est ainsi que cette vision du monde fait l’impasse sur la notion de libre arbitre. L’essence de l’individu au sens postmoderne n’est que le reflet de sa communauté, de sa culture et de son histoire. Il n’y a donc pas d’individus dans la postmodernité : il n’y a que des identités. Le pluralisme s’est transformé en principe d’égalité à tous crins, ce qui a pour conséquence que l’égalité « est devenue folle », comme dit Finkielkraut.

La décision de la cour d’appel de Paris revient à considérer Kobili Traoré comme un avatar de son identité. Il ne serait pas plus coupable d’être un assassin drogué antisémite et islamiste que Sarah Halimi n’est coupable d’être une paisible femme médecin juive. Il semble donc que pour certaines juridictions il est tout compte fait devenu moins important de rendre la justice que de rendre l’égalité.

J’accuse le boycott

Né en 1933, Roman Polanski n’avait pas vocation à devenir l’un des grands cinéastes notre temps. Petit de taille, ce grand artiste est un rescapé de la Shoah qui n’a dû le salut qu’à son évasion du ghetto de Cracovie à l’âge de huit ans, après quoi il fut privé d’école parce que Juif.

La mère de Polanski a été assassinée au camp d’Auschwitz alors qu’elle était enceinte, et bien des années plus tard son épouse, elle aussi enceinte, a  été massacrée par des une bande de monstres. Son père quant à lui a survécu au camp de concentration de Mauthausen.

Polanski a été condamné en 1977 aux Etats-Unis pour abus sexuel sur Samantha Geimer, une jeune fille mineure. Le néoféminisme contemporain incite à la libération de la parole, ce que Samantha Geimer a mis en pratique en accordant son pardon à Polanski et en déclarant que  sa mésaventure ne l’a traumatisée ni mentalement ni physiquement.  La libération de la parole, c’est aussi cela.

A chacun de se faire une idée de l’homme Polanski, mais rien dans son œuvre n’est illicite. Les Césars décernés à son film « J’accuse » constituent un hommage à son talent et à celui de ses collaborateurs.

Non seulement est-il absurde de boycotter « J’accuse », mais il faudrait en faire la promotion.  Toute opposition à ce film est une obstruction au combat contre l’antisémitisme. Les jeunes,  les moins jeunes, les vieux et les ignares en tout genre doivent apprendre ce que fut l’affaire Dreyfus. Qu’ils sachent que cette ignominie a été le terreau de l’antisémitisme de l’Etat français lors de la Shoah. Que c’est l’affaire Dreyfus qui a accouché du régime de Vichy, celui-là même qui a décrété  le « Statut des Juifs » et qui les a envoyés à la mort dans les camps nazis.

Mais l’affaire Dreyfus a aussi accouché d’un autre enfant : l’Etat d’Israël.

DSK ou la coupable innocence

Tristane Banon est une romancière et journaliste française. En 2011 elle porte plainte contre Dominique Strauss-Kahn[1], l’un des amants de sa mère, pour tentative de viol dont elle affirme avoir été l’objet en 2003.  Le parquet de Paris ouvre une enquête, mais Strauss-Kahn nie les faits et porte plainte en diffamation contre Banon. Il est entendu par des enquêteurs, et admet avoir tenté sans succès d’embrasser Banon au cours de l’interview qu’elle était venue lui faire dans son appartement. Quelque temps plus tard le parquet classe la plainte sans suite, estimant ne pas avoir suffisamment d’éléments pour engager des poursuites.

Banon a récemment été invitée à participer à l’émission « c’est à vous » sur France 5 afin d’évoquer cet épisode de sa vie. Elle revient dessus avec sa version, ce qui est légitime.  Mais le parti-pris dont elle bénéficie de la part des journalistes et chroniqueurs, et l’unanimité de ceux-ci contre Strauss-Kahn est digne de la presse de Corée du Nord. Pour mémoire, Dominique Strauss-Kahn a été trainé en justice  à plusieurs reprises dans le cadre d’affaires de mœurs, mais a été relaxé à chaque fois.  N’ayant jamais été condamné il dispose donc d’un casier judiciaire vierge.

Au cours de l’émission, l’animatrice et ses collègues qualifient sans nuance Banon de « victime » sans tenir compte, à aucun moment, du fait que dans cette affaire il s’agit de la parole de l’un contre l’autre. D’une part Banon n’est donc pas une « victime »,  mais une plaignante, et Strauss-Kahn n’est pas un coupable, mais un plaignant, eu égard à sa plainte pour diffamation.

Non seulement les justiciers de cette émission-tribunal se moquent de la présomption d’innocence, mais justifie en plus le lynchage médiatique subi par Strauss-Kahn.

A quand l’invitation de Strauss-Kahn sur ce même plateau par les mêmes journalistes ?

[1] Dominique Strauss-Kahn, dit « DSK » est un économiste et homme politique, et fut directeur général du FMI jusqu’en 2007.  Candidat potentiel à la présidence de la république il se retira de la vie publique après sa mise en cause dans le cadre d’une accusation d’agression sexuelle à New York, bien qu’ayant bénéficié en fin de compte d’un non-lieu.

Le Coronavirus et le principe de précaution

Le professeur Michael Levitt, biophysicien et prix Nobel,  déclare dans une interview au « Jerusalem Post » qu’à son avis il n’y aura pas plus de dix personnes qui succomberont au coronavirus en Israël. IL juge donc disproportionnées les craintes en la matière, d’autant que d’après lui la pandémie touche à sa fin.

Le professeur Didier Raoult, infectiologue, professeur de microbiologie et spécialiste des maladies infectieuses, dit qu’« il n’y a pas d’infection virale respiratoire qui ne soit saisonnière. Paradoxalement la chose la plus intelligente qui ait été dite à ce propos l’a été par Trump,  qui estime qu’au printemps le Coronavirus  va disparaître ».  

Le professeur Yoram Las, ex-directeur général du Ministère de la Santé en Israël estime pour sa part que le pays n’aurait jamais du fermer ses frontières. Il réfute la comparaison avec l’Italie, notant que le Coronavirus  y est plus ravageur qu’ailleurs parce que  la morbidité respiratoire y est notoirement supérieure à celle de ses voisins lors d’épidémies de grippe.

Le confinement ordonné par les autorités un peu partout au monde risque d’avoir un effet dévastateur et de provoquer des dégâts humains et matériels considérables consécutifs à l’écroulement de la production industrielle, et donc de l’économie. 

La gestion de l’épidémie par les autorités consiste en ce moment à mettre en œuvre ce que l’on appelle le «  principe de précaution », concept formulé par le philosophe Hans Jonas dans les années 1960 concernant la protection de l’environnement. Ce principe est respectable, mais comporte aussi le risque d’en faire trop.

Le monde est malade du Coronavirus, et il faut donc tenter une opération visant à juguler la pandémie, mais il faut aussi espérer que nos dirigeants ne nous annoncent pas un jour que l’opération a réussi mais que le patient est mort.

J’accuse le boycott de J’accuse

Né en 1933, Roman Polanski n’avait pas vocation à devenir l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Petit de taille, cet grand artiste est un rescapé de la Shoah, qui n’a dû le salut qu’à son évasion du ghetto de Cracovie à l’âge de huit ans, et qui ensuite fut privé d’école parce que Juif.

La mère de Polanski a été assassinée au camp d’extermination d’Auschwitz alors qu’elle était enceinte, et bien des années plus tard son épouse, elle aussi enceinte, a  été massacrée par des monstres. Son père quant à lui a survécu au camp de concentration de Mauthausen.

Polanski a été condamné en 1977 aux Etats-Unis pour abus sexuel sur Samantha Geimer, une jeune fille mineure. Le féminisme contemporain incite à la libération de la parole, ce que Samantha Geimer a mis en pratique en accordant son pardon à Polanski et en déclarant que  sa mésaventure ne l’a traumatisée ni mentalement ni physiquement.  La libération de la parole, c’est aussi cela. 

A chacun de se faire une idée de l’homme Polanski, mais rien dans son œuvre n’est illicite. Les Césars décernés à son film « J’accuse » constituent avant tout un hommage à son talent et à celui de ses collaborateurs.

Non seulement est-il absurde de boycotter « J’accuse », mais il faudrait au contraire en faire la promotion.  Toute opposition à ce film est d’office et d’avance une obstruction au combat contre l’antisémitisme. Les jeunes,  les moins jeunes, les vieux et les ignares en tous genres doivent apprendre ce que fut l’affaire Dreyfus. Qu’ils sachent que cette ignominie a été le terreau de l’antisémitisme de l’Etat français lors de la Shoah. Que c’est l’affaire Dreyfus qui a accouché du régime de Vichy, celui-là même qui a décrété  le « Statut des Juifs » et qui les a envoyés à la mort dans les camps nazis.

Mais l’affaire Dreyfus a aussi accouché d’un autre enfant : l’Etat d’Israël. 

Sarah Halimi ou la justice postmoderne

Sarah Halimi est une femme juive de soixante-cinq ans décédée en avril 2017 après avoir été rouée de coups et défenestrée. L’assassin est son voisin Kobili Traoré, jeune Africain multi récidiviste 20 fois condamné pour violence aggravée ou autres méfaits, mais jamais considéré comme irresponsable.

La cour d’appel de Paris a néanmoins conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. Il ne sera donc pas jugé et devrait sous peu être libéré de son internement en milieu psychiatrique, étant donné qu’il ne souffre de troubles mentaux que lorsqu’il est saisi de pulsions le poussant à casser du juif au nom de l’Islam.

Comment cela est-il possible ? 

La nouvelle épidémie qui sévit dans une certaine intelligentsia, une certaine presse et une certaine magistrature s’appelle la pensée postmoderne. C’est ainsi que cette vision du monde fait l’impasse sur la notion de libre arbitre. L’essence de l’individu au sens postmoderne n’est que le reflet de sa communauté, de sa culture et de son histoire. Il n’y a donc pas d’individus dans la postmodernité: il n’y a que des identités.  Le pluralisme s’est transformé en principe d’égalité à tous crins, ce qui a pour conséquence que l’égalité « est devenue folle », comme dit Finkielkraut.

La décision de la cour d’appel de Paris revient à considérer Kobili Traoré comme un avatar de son identité.  Il ne serait pas plus coupable d’être un assassin drogué antisémite et islamiste que Sarah Halimi n’est coupable d’être une paisible femme médecin juive.  Il semble donc que pour certaines juridictions il est tout compte fait devenu moins important de rendre la justice que de rendre l’égalité.